A en croire les tout derniers sondages, non publiés mais recueillis de très bonne source, c’est plus de 75% des électeurs iraniens qui devraient prendre part à la présidentielle d’aujourd’hui. L’intention de vote a ainsi bondi, en quelques jours de 15 points supplémentaires, reflétant l’ébullition politique qui a saisi l’Iran depuis que le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, a essuyé en direct, à la télévision, les critiques convergentes des trois candidats à sa succession. Depuis le week-end dernier, l’Iran n’est plus l’Iran. Ce n’est plus ce pays vivant dans la peur, sans espoir, désabusé, ce pays où le voile ne tombe et les langues ne se délient que derrière les portes du foyer familial. Les débats télévisés, la difficulté dans laquelle ils ont mis Mahmoud Ahmadinejad, ont non seulement précipité des millions de gens dans les rues, fraternisant dans l’espoir retrouvé d’un changement, mais ils ont fait tomber la peur. Dans ces manifestations qui se sont multipliées, chaque soir, de ville en ville, on a vu des femmes danser, voile sur les épaules, de jeunes couples se tenir par la main, des gens chanter, des scènes de liesse, presque de carnaval, d’autant plus stupéfiantes et marquantes qu’on les retrouvait dans les rassemblements, autrement plus maigres mais nombreux aussi, en faveur du président sortant. Deux pays s’opposent. Il y a ceux, dans les campagnes, parmi les plus pauvres mais pas seulement, qui admirent Mahmoud Ahmadinejad de braver les grandes puissances et lui sont reconnaissants d’avoir distribué des aides gouvernementales aux plus démunis. Il y a ceux qui lui reprochent, comme les trois autres candidats, d’avoir provoqué une inflation dont chacun souffre, les plus pauvres en premier, et d’avoir isolé le pays par une politique étrangère systématiquement agressive. Il y a deux camps, pas tout un pays contre le sortant, mais l’immense, l’incroyable nouveauté est qu’une liberté s’est installée, que cette démocratie iranienne d’ordinaire si canalisée, chapeautée, verrouillée par le vrai pouvoir qu’est la superstructure cléricale, s’est soudainement mise à vivre, sortant de ses rails et créant, oui, quelque chose qui ressemble à un affrontement politique, passionné, profond, mais civilisé. Quels que soient les résultats de ce scrutin, quelque chose a changé en Iran et, au-delà même de ce rôle clé des débats télévisés, il y a quatre raisons à cela. La première est l’extrême jeunesse de ce pays dont plus de 60% des habitants ont moins de trente ans. La jeunesse… est jeune et cela finit par se sentir. La seconde est que le clergé est devenu majoritairement hostile à Ahmadinejad, que le vrai pouvoir est divisé et que cela libère la parole. La troisième est que, si différents qu’ils soient, les trois candidats oppositionnels ont formé un front commun contre le sortant et la quatrième est Barack Obama. Par sa seule élection, il a montré aux Iraniens que la démocratie pouvait apporter de vrais changements. En tendant la main à l’Iran, il a suscité un espoir d’entente et de paix dans la société iranienne. Barack Obama est devenu un acteur de la présidentielle iranienne et, si Ahmadinejad mordait maintenant la poussière, c’est toute la nouvelle approche proche-orientale des Etats-Unis qui en serait favorisée.

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