Qui disait intervention étrangère disait, jusqu’à présent, intervention de grandes puissances, russe ou occidentales. Il y a longtemps qu’elles en avaient le quasi monopole mais l’Afrique tend aujourd’hui à le rompre pour prendre sa stabilité en charge dans ce qui est une évolution générale vers la régionalisation du monde.

Après que les voisins de la Somalie se furent essayés à y mettre de l’ordre à la fin de la dernière décennie, ce sont maintenant l’Union africaine et la Cédéao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, qui envisagent l’envoi de troupes au Mali où la situation ne cesse plus de se détériorer.

En proie depuis de longues années aux troubles créés dans sa partie nord par les sécessionnistes touaregs, ce pays a désormais plongé dans le chaos en ricochet de la chute de Muamar Kadhafi. Les mercenaires touaregs que le dictateur libyen avait recrutés se sont repliés sur le nord du Mali pour y appuyer la sécession. Non seulement ils s’y sont rapidement imposés face à l’armée malienne mais la zone de non droit qui s’est ainsi constituée au sud de Sahara, dans le Sahel, a aimanté les orphelins du djihadisme algérien qui s’étaient réfugiés dans cette région pour y former l’AQMI, al Qaëda au Maghreb islamique, organisation qui vit d’enlèvements et de trafics de drogue.

Humiliée, l’armée malienne a renversé, le 22 mars dernier, le président Amadou Toumani Touré afin, disait-elle, d’assurer l’intégrité territoriale du pays. Le chaos n’en a fait que s’accroître. Le Mali s’en est trouvé coupé en deux. On alors vu apparaître des combattants islamistes venus d’Afghanistan et du Pakistan dans l’espoir de créer un nouveau foyer djihadiste. Après avoir tenté de s’entendre, laïcs et islamistes touaregs s’entredéchirent sur la question de la charia et les autres pays de la région, notamment la Guinée au sud et le Niger à l’ouest, craignent tant d’être entrainés dans cette tourmente qu’ils souhaitent y mettre fin.

Le Burkina Faso tente une médiation de la dernière chance au nom de la région mais la Cédéao et l’Union Africaine ont d’ores et déjà annoncé leur intention de saisir l’Onu pour lui demander l’autorisation d’intervenir. Il est peu probable que le Conseil de sécurité la leur refuse car il n’est pas une grande puissance qui ne s’inquiète des possibles répercussions internationales de cette crise. C’est une guerre qui s’annonce et se prépare si bien que François Hollande a reçu hier le président nigérien pour l’assurer que la France soutiendrait la Cédéao devant le Conseil de sécurité et se « mettrait au service de l’Onu » si une intervention était décidé et menée par l’Afrique.

En clair, la France ne veut pas intervenir dans ce pays qui avait été sa chasse gardée mais elle apporterait, « au service de l’Onu », son appui logistique aux troupes de la Cédéao. Reste à voir si les armées africaines seront capables de prendre le contrôle de cette immense région désertique dans laquelle même l’Algérie et sa puissante armée ne veulent pas s’aventurer mais, changement d’époque, c’est l’Afrique et non plus la France qui s’occupe de l’Afrique.

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