A compter de demain, Madrid aura le plus improbable des maires. Communiste sous Franco, magistrate sous la démocratie, Manuela Carmena, 71 ans et cycliste convaincue, n’est militante d’aucun des deux grands partis, droite et gauche, qui dominaient l’échiquier espagnol depuis la chute de la dictature. C’est une dame au grand cœur, hier encore inconnue, qui n’aime pas l’injustice et s’était ainsi retrouvée dans la mouvance des Indignés, cette force née du refus de l’austérité et dont le parti, Podemos, s’est imposée en troisième formation du pays à la vitesse de l’éclair.

Son âge et la stricte sagesse de son allure avaient alors tant impressionné les jeunes écolos, bobos et chômeurs de ce mouvement qu’elle avait été propulsée, quasiment de force, à la tête de leur liste aux municipales. Dans cette ville de droite, son principal adversaire était la candidate de la droite, ancienne ministre, ancienne présidente du Sénat et ancienne présidente de la région de Madrid. C’était le pot de terre contre le pot de fer mais, à la télévision, Manuela a regardé Esperanza droit dans les yeux, lui a lancé : « Je ne comprends qu’après avoir fait tant de mal au pays, tu veuilles encore gouverner… » et a remporté près de 32% des suffrages et 20 élus.

Avec leurs 15% de voix et seulement 9 élus, les socialistes auraient alors pu, comme en Allemagne, former une grande coalition avec la droite qui les y appelait mais ils ont préféré Manuela à Esperanza dans un choix qui pourrait bien préfigurer celui qu’ils feront aux prochaines législatives. Ce n’est qu’une possibilité, tout sauf une certitude, mais l’Espagne pourrait bien voir se sceller demain, comme à Madrid aujourd’hui, une alliance de la gauche socialiste et de la nouvelle gauche, celle qui gouverne déjà la Grèce.

La question qui se pose est ainsi de savoir si c’est là qu’est l’avenir des gauches européennes qui sont presque partout en grand désarroi. Oui, pourrait-on dire, puisque ce serait le moyen pour elles de se retrouver une vraie base dans une jeunesse durement frappée par le chômage, parmi des gens qui ne croient plus en elles et se cherchent des alternatives à gauche quand ils ne basculent pas vers les nouvelles extrêmes-droites.D’une manière ou d’une autre, les gauches devront se réinventer en Europe et il y aurait pire moyen de le tenter que d’aller se frotter à des milieux sans lesquels elles seront amputées ne pourront rien mais avec lesquels elles ont perdu le contact.

Oui, c’est là une possibilité pour les gauches, une perspective qu’elles ne devraient certainement pas repousser sans y avoir réfléchi, mais où et quand, d’un autre côté, les gauches sont-elles fortes ? Les faits sont là. Elles ne le sont, comme en Grande-Bretagne hier ou en Italie aujourd’hui, que lorsqu’elles gouvernent au centre, au centre-gauche mais au centre. C’est une réalité bien aussi forte que celles qui pourraient les pousser vers les nouvelles gauches. Le choix ne sera pas simple. Le débat ne fait que s’amorcer, en Espagne et ailleurs.

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