Où l'on voit un faisceau de convergences précipiter un rebond de l'Union...

Le drapeau européen
Le drapeau européen © AFP / Alexandros Michailidis / SOOC

La Manche n’aura jamais semblé aussi large. Ce mandat populaire que Theresa May avait échoué à consolider jeudi, Emmanuel Macron se l’est fait, lui, contresigner hie, et spectaculairement.

L’une s’éclipse et aura bien des difficultés à longtemps rester en place. Record d’abstentions ou pas, l’autre s’installe aux commandes et, bien au-delà de leurs destins personnels, cela signifie deux choses.

La première est que la Grande-Bretagne s’enfonce dans une profonde et durable crise politique tandis que la France veut décidément, clairement, tourner la page de longues années de marasme et repartir d’un meilleur pied. La deuxième, bien plus importante encore, est que ce redémarrage de la France lui rend un poids en Europe que le Royaume-Uni a doublement perdu, en votant pour le Brexit avant de refuser, moins d’un an plus tard, le Brexit dur prôné par Mme May et d’aller ainsi aux négociations de sortie de l’Union sans du tout savoir ce qu’il voudrait obtenir, et éviter.

En trois jours, tout vient de totalement changer en Europe. Il n’y avait déjà plus de Britanniques pour s’asseoir sur le frein de l’intégration économique et politique. Ceux des autres Etats membres qui n’y sont pas non plus favorables ne pouvaient déjà plus s’appuyer sur Londres. Les rapports de force s’étaient déjà modifiés dans l’Union mais, depuis jeudi, les souverainistes et les nouvelles extrêmes-droites peuvent difficilement dire que le Brexit serait l’exemple à suivre alors que le Royaume-Uni lui-même n’en paraît plus certain.

Non seulement les défenseurs de l’unité européenne en sortent renforcés mais cela se produit au moment même où un nouveau président français a pour ambition cardinale de remettre l’Union sur ses rails et où l’Allemagne en vient à adopter l’idée française d’Europe puissance, d’une Union politique à même de jouer un rôle sur la scène internationale.

Angela Merkel et Emmanuel Macron souhaitent concrétiser ce projet.

Leurs conseillers et leurs ministres ont pour consigne d’y travailler et d’avancer de nouvelles propositions communes. La France et l’Allemagne convergent à nouveau dans une même volonté de faire faire de nouveaux pas à l’Union. Paris et Berlin pourraient annoncer dans un mois la création d’un Fonds commun destiné à financer les premiers contours d’une Défense européenne. Lorsque Français et Allemands retrouvent une connivence et sont d’accord pour que les choses bougent, la donne change évidemment mais ce n’est pas tout.

Il y a M. Trump dont l’imprévisibilité incite les Européens, tous les Européens et non pas seulement la France et l’Allemagne, à prendre leurs affaires en mains. Il y a les nostalgies impériales de Vladimir Poutine et les chaos croissants du Proche-Orient pour les pousser à aller vite et cela d’autant plus qu’ils ne sont plus du tout assurés de la pérennité du parapluie américain.

Tout change en Europe parce que la Grande-Bretagne s’en est exclue, que la France y revient, et que tout change dans le monde.

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