Le journaliste d’investigation Ivan Golunov avait été faussement accusé de trafic de drogue, mais la réaction de la société civile russe a fait reculer le pouvoir : il a été innocenté hier faute de preuves.

Le journaliste d’investigation russe Ivan Golunov dans la cage des accusés lors de sa comparution en justice le 8 juin à Moscou, accusé de trafic de drogue. Les charges ont été levées hier.
Le journaliste d’investigation russe Ivan Golunov dans la cage des accusés lors de sa comparution en justice le 8 juin à Moscou, accusé de trafic de drogue. Les charges ont été levées hier. © AFP / Vasily MAXIMOV / AFP

Il est donc possible de faire reculer Vladimir Poutine ! C’est la grande leçon de la volte-face des autorités judiciaires russes hier, qui ont levé les invraisemblables accusations qui pesaient contre le journaliste d’investigation Ivan Golunov. 

Le jeune journaliste du site indépendant russe Meduza, qui enquêtait sur des affaires de corruption dans la police, s’est retrouvé arrêté, accusé de trafic de drogue à grande échelle, et tabassé par les policiers pour avoir refusé de signer des aveux. 

La réaction de la société civile russe a été immédiate, puissante - et victorieuse. Les collègues d’Ivan Golunov dans le petit cercle des médias indépendants se sont mobilisés face à une affaire visiblement montée de toutes pièces.

Trois quotidiens indépendants ont publié lundi la même « une » avec ce titre : « nous sommes tous Ivan Golunov ». Quelque 25 000 personnes s’étaient inscrites pour participer aujourd’hui à une manifestation prévue à Moscou. C’est beaucoup dans un pays où le pouvoir ne plaisante pas avec la contestation.

Incontestablement, le Kremlin a voulu arrêter les frais rapidement ; sans doute parce que l’initiative ne venait pas du sommet, mais de policiers qui se pensaient invulnérables. Ceux-ci ont d’ailleurs été sanctionnés.

Le Kremlin a vite pris ses distances avec une affaire d’autant plus embarrassante qu’elle a éclaté alors que Vladimir Poutine se trouvait au Forum de Saint Petersburg pour soigner l’image de la Russie. Un signe de ce malaise est venu du soutien de la patronne de la chaîne du Kremlin, Russia Today, au journaliste poursuivi.

Mais Poutine n’a pas l’habitude de reculer sous la pression et les collègues du journaliste se demandaient si le maître du Kremlin irait jusqu’à désavouer ses policiers. C’est ce qu’il a fait hier.

Régulièrement, la société civile russe parvient à mobiliser et à se faire entendre, avant d’être réduite au silence sous pression d’un régime intolérant. Mais la Russie n’est pas aussi verrouillée que son partenaire chinois : il existe une poignée de médias indépendants courageux et obstinés, d’activistes à qui les autorités mènent la vie difficile, et des pièges comme celui qui a été tendu à Ivan Golunov.

Mais il existe d’autres cas, à l’extérieur de Moscou, qui n’ont pas la même médiatisation. Igor Roudnikov, un journaliste d’investigation de l’enclave de Kaliningrad, attend son verdict lundi prochain, accusé d’extorsion de fonds. Il risque dix ans de camp à régime sévère et Reporters sans frontières a réclamé son acquittement.

L’affaire Golunov nous rappelle à quel point il est dangereux de vouloir informer honnêtement en Russie : rappelons-nous d’Anna Politkovskaïa, la journaliste assassinée en 2006 à Moscou. Mais il y a aussi parfois des bonnes nouvelles, et la libération d’Ivan Golunov en est une.

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