S'en souvient-on ? Cette guerre était nécessaire, indispensable, impérieuse, disait Georges Bush, en raison des armes de destruction massive dont disposait Saddam Hussein. La guerre a eu lieu. Elle dure, mais il y a longtemps que l'armée américaine ne cherche plus ces armes demeurées introuvables et cette guerre, fondée sur un mensonge, affaiblit singulièrement le poids et la crédibilité des Etats-Unis face à des pays, l'Iran et la Corée du Nord, bel et bien engagés, eux, sur la voie de l'armement atomique. S'en souvient-on ? Cette guerre devait porter un coup fatal au terrorisme islamiste, en démanteler les réseaux, en éloigner la menace, mais l'Irak est devenu, grâce à cette guerre, le champ d'action privilégié des djihadistes, leur nouvel Afghanistan, leur école de formation, et il serait malheureusement étonnant que ces attentats quotidiens - quelques 350 morts pour ces seuls dix derniers jours, 80 hier - ne débordent pas les frontières irakiennes. Ce fut déjà le cas, jusqu'en Espagne. C'est le cas en Egypte et il est à peu près certain que ce le sera ailleurs. S'en souvient-on ? Cette guerre devait, enfin, susciter une contagion démocratique dans toute la région, créer une vitrine de la liberté au Proche-Orient, susciter un appel d'air réformateur dans tout le monde arabe, mais que pourraient faire aujourd'hui les Etats-Unis, empêtrés qu'ils sont en Irak, si des islamistes s'approchaient du pouvoir au Caire ou le ramassaient à Damas ? La réponse n'est que trop claire - rien car leur prestige et celui de leurs alliés n'a jamais été aussi bas dans la région. Oui, mais le Liban, dit-on à Washington. C'est vrai, le Liban s'est débarrassé de la Syrie. Le Liban a des chances, non pas certaines mais bonnes, de retrouver une stabilité dans son indépendance recouvrée, mais le doit-il à la guerre d'Irak ou à l'épuisement du régime syrien, à un assassinat de trop et à l'exemple des révolutions pacifiques qui avaient débarrassé l'Europe centrale de la domination soviétique ? La révolution libanaise aurait tout aussi bien pu se produire sans cette guerre et la contagion démocratique en aurait été autrement plus réelle au Proche-Orient. H j Toute guérilla, bien sûr, a une fin mais, comme prévu, comme annoncé par tant de capitales, cette guerre est un épouvantable fiasco dont les Etats-Unis ne pourraient se sortir qu'en imposant au plus vite un règlement de l'autre guerre du Proche-Orient, le conflit israélo-palestinien. Ils en sont conscients. Leurs dirigeants le disent mais les choses traînent, traînent beaucoup trop, et, en attendant, la coalition de volontaires dont se targuait Georges Bush s'effiloche. Les Bulgares sont les derniers en date à avoir annoncé leur départ. Les Ukrainiens l'avaient fait avant eux. La Hongrie s'est retirée. La Pologne va le faire. Le Portugal l'a déjà fait. L'Italie ne pense plus qu'à ça et Tony Blair vient de payer d'un lourd recul en sièges son refus de rappeler ses troupes. Le pire serait maintenant que les Etats-Unis eux-mêmes se résolvent, un jour,à se retirer sans être parvenu à canaliser le chaos qu'ils ont créé. Ce serait le pire car leur défaite serait la victoire du terrorisme mais, à terme, ce pire n'est pas exclu.

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