Il n’y a pas un enjeu mais deux. Si l’on se battait toujours, hier, au Liban et si les Etats-Unis viennent de renvoyer un de leurs navires de guerre croiser au large de ce pays, c’est que deux crises inextricables s’y mêlent inextricablement, crise d’identité nationale, d'une part, et crise régionale, de l'autre, mettant aux prises tous les acteurs du Proche-Orient sans exception. Le Liban, d’abord, est une mosaïque, un entrelacs de communautés religieuses socialement différenciées et peinant à faire une nation. Non seulement il est fait de chrétiens et de musulmans mais beaucoup des communautés chrétiennes ne se satisfont pas de la prééminence historique de la première d’entre elles, les maronites, tandis que les musulmans sont encore plus profondément divisés entre chiites et sunnites. Longtemps, cette addition de contraires a vécu sur un pacte national attribuant la présidence aux maronites, la conduite du gouvernement aux sunnites, la présidence du Parlement aux chiites et ainsi de suite dans un équilibre fondé sur un recensement datant de l’entre deux guerres. Puis vinrent les années 70 et tout cet édifice fut ébranlé par une tentative des réfugiés palestiniens de mettre la main sur ce pays en s’alliant aux chiites qui reconnaissaient en eux des compagnons de misère car ils étaient, alors, les plus pauvres des Libanais. Il s’ensuivit une guerre civile, épouvantable, dans laquelle la Syrie voisine, qui considère avoir été dépossédée du Liban par les partages coloniaux, joua tout le monde contre le monde jusqu’à prendre le contrôle du Liban tandis qu’Israël envahissait sa partie sud de crainte de se retrouver avec l’armée syrienne à ses frontières. Il y eut, depuis, de nombreux épisodes. Ni la Syrie ni Israël ne sont plus militairement présents au Liban mais, sur le fond, rien n’a changé. Si l’on s’en tient aux grandes lignes, les chiites, désormais plus prospères et devenus la plus nombreuse des minorités nationales, veulent se voir accorder une plus grande place dans l’Etat tandis que maronites et sunnites font front commun, contre leur marginalisation politique. Le drame est que l’Iran chiite s’est, aujourd’hui, imposé dans ce jeu comme protecteur du Hezbollah, la plus importante des organisations chiites, un Etat dans l’Etat, auquel il fournit armes et fonds dans l’espoir de prendre le contrôle politique du Liban. C’est pour cela qu’Israël était entré en guerre contre le Hezbollah, à l’été 2006, sans parvenir à le briser. Contre l’Iran, les intérêts des Israéliens et des pays arabes convergent au Liban. Tout y est d’autant plus complexe que la bataille en cours à Téhéran entre les différents courants du régime iranien se prolonge à Beyrouth pendant que la Syrie, alliée de l’Iran mais en contact avec Israël en vue d’un règlement de paix bilatéral, espère toujours établir un protectorat sur ce pays. Pour y défendre leurs intérêts, toutes les puissances régionales tirent les ficelles du conflit libanais et, au loin, les Etats-Unis et la France, l’ancienne puissance coloniale, soutiennent maronites et sunnites, comme le font Israël et les pays arabes, pour contrecarrer l’influence iranienne.

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