Cela se lisait, depuis janvier, entre les lignes des déclarations américaines. Tony Blair, puis Shimon Pérès l’avaient laissé entendre ces derniers jours et c’est, finalement, le roi Abdallah qui a vendu la mèche. Au Proche-Orient, a-t-il expliqué, hier, au Times de Londres, Barack Obama veut substituer une approche régionale à l’approche bilatérale – sortir des seuls tête-à-tête israélo-palestiniens qui n’ont débouché sur rien et asseoir aussi, à une même table, « Israéliens et Syriens et Israéliens et Libanais, avec les Arabes et le monde musulman sur les rangs pour ouvrir, dans le même temps, des négociations directes avec Israël ». Reprenant le plan que les Saoudiens avaient avancé, en 2002, lorsqu’ils avaient proposé la reconnaissance d’Israël par l’ensemble des pays arabes en échange de la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, le président américain veut, autrement dit, travailler non plus seulement à un règlement israélo-palestinien mais à un règlement global israélo-arabe et même israélo-musulman. C’est ce qu’il devrait dire à Benjamin Netanyahu en le recevant, lundi prochain, à la Maison-Blanche. C’est ce qu’il devrait redire le 4 juin, au Caire, dans un discours au monde arabe que son entourage annonce comme important et, à en croire les confidences que le Times a recueillies hors interview, les Etats-Unis prépareraient, d’ores et déjà, la tenue, en juillet ou en août, d’une conférence internationale réunissant toutes les parties concernées. La chose est sérieuse car, en mettant dans la balance la création d’un Etat palestinien et la reconnaissance d’Israël par tous les pays du monde musulman – 57 Etats comme le souligne le roi Abdallah – Barack Obama donne de vraies chances à la paix. Face à une telle possibilité, garantie par les Etats-Unis, l’Europe et, sans doute, l’Onu entière, ni les islamistes palestiniens ni l’extrême droite israélienne ne pourraient en effet dire « non » sans s’isoler de leurs peuples respectifs dont tous les sondages ont constamment montré qu’ils étaient favorables, à plus des deux tiers, à un compromis historique. C’est une stratégie de débordements des extrêmes que Barack Obama veut développer, une diplomatie publique qui en appelle aux opinions afin de changer la donne politique, mais ce n’est pas, là, le seul registre sur lequel il entende jouer. Décidé à permettre la création d’un Etat palestinien car il veut changer l’image des Etats-Unis dans le monde arabe, isoler les djihadistes et amener l’Iran à renoncer à la bombe en le privant de ses relais libanais et palestiniens, il se sait aussi assuré du soutien des régimes arabes. C’est la pièce maîtresse de son plan, son grand atout, car les pays arabes, pris en étau entre les djihadistes qui marquent toujours plus de points aux confins pakistano-afghan et l’Iran chiite qui marche vers la bombe et étend son influence régionale, sont aussi pressés que l’Amérique de lever l’hypothèque palestinienne. Rien n’est joué, bien sûr. En admettant même qu’on y arrive, une conférence ne suffira pas à la paix, mais Barack Obama sait où il va.

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