A 43 ans l’un et l’autre, ils ont en commun la jeunesse, le brio et beaucoup d’ambition. Ce n’est pas rien. Ce socle-là en vaut bien d’autres et pourrait devenir d’autant plus solide que le nouveau Premier ministre britannique, le conservateur David Cameron, et son vice-Premier ministre, le libéral-démocrate Nick Clegg, n’ont pas que cela en commun. Outre qu’ils sont désormais condamnés à réussir ou à échouer ensemble, l’un et l’autre sont des pragmatiques, dénués de ces blocages idéologiques qui imposent tabous et automatismes dans l’action. Cela devrait leur permettre de se montrer souples dans leur coalition, de chercher à dégager des convergences plutôt que d’affirmer leurs divergences, mais leur mariage n’en reste pas moins contre-nature. David Cameron est si profondément hostile au processus d’unification européenne qu’il avait longtemps pourfendu le traité de Lisbonne et ses avancées institutionnelles, bien trop fédéralistes à son goût. Il a logiquement choisi un europhobe militant, William Hague, pour diriger la diplomatie britannique. Il est également partisan de procéder à des coupes sombres dans les dépenses publiques afin de réduire au plus vite un déficit et un endettement qui menacent la Grande-Bretagne d’une crise de confiance alors que Nick Clegg est le contraire de tout cela. Epouse espagnole, père d’origine russe et mère néerlandaise née en Indonésie, il est aussi cosmopolite que David Cameron est un pur produit de l’aristocratie britannique. Polyglotte ayant longtemps vécu à Bruxelles et travaillé dans les institutions communautaires, Nick Clegg est un ardent militant de la cause européenne et de l’entrée de la Grande-Bretagne dans la monnaie unique. Il n’avait cessé, durant la campagne, de mettre en garde contre un excès de rigueur qui casserait, disait-il, une reprise encore fragile et souhaite une réforme du mode de scrutin, plus favorable aux petits partis comme le sien mais dont les conservateurs ne veulent pas entendre parler car les grands partis comme le leur n’auraient qu’à y perdre. Inscrit dans les résultats d’un vote qui contraignait à un gouvernement de coalition, c’est le mariage de la carpe et du lapin et, avec ces quadragénaires, les échiquiers politiques européens deviennent toujours plus baroques. Sans même parler des plus petits pays, les trois grandes puissances de l’Union seront maintenant conduites, en France, par un président désaimé, ancien libéral devenu régulateur ; en Allemagne, par une chancelière démocrate-chrétienne dont la coalition avec les libéraux bat de l’aile et vient de perdre, dimanche, sa majorité à la Chambre haute et, depuis hier soir, par cette addition des contraires au Royaume-Uni. C’est un élément d’incertitude supplémentaire mais le signe, aussi, que de droite comme de gauche, les grands courants politiques européens hérités du 19ième siècle et affirmés au 20ième ne correspondent plus forcément à des sociologies et des économies profondément transformées, pas plus aux besoins qu’aux attentes.

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