C’est le ministre afghan des Affaires étrangères qui parle. « La mort d’Oussama ben Laden pourrait aider au processus de réconciliation », a-t-il déclaré hier en parlant des amorces de discussions indirectes entre son gouvernement et les taliban qui ont aujourd’hui repris le contrôle d’une bonne moitié du pays. Zalmai Rassoul n’en a pas dit plus pour la bonne raison qu’on n’en est pas encore là mais son hypothèse n’a rien d’infondé car la disparition du chef de file d’al Qaëda vient en effet modifier la donne afghane qui avait déjà profondément évolué depuis quatre ans. Au début de cette guerre, les Etats-Unis ne s’étaient pas seulement assigné pour objectif de renverser les taliban, coupables d’avoir refusé d’extrader Oussama ben Laden après les attentats du 11 septembre. En plein rêve d’exportation de la démocratie dans le monde musulman, dessein qu’il allait bientôt développer avec l’aventure irakienne, Georges Bush se voyait alors faire de l’Afghanistan un Etat de droit, moderne et pleinement respectueux des libertés et des droits de la femme. Il voulait transformer ce pays de fond en comble mais, que cette ambition ait été ou non réalisable, elle s’est rapidement heurtée au fait que les Américains n’avaient pas suffisamment d’argent et d’hommes pour rebâtir deux pays en même temps. Les troupes et les capitaux qui auraient dû être consacrés à l’Afghanistan l’ont été à l’Irak. Les promesses de sécurité, de routes, d’écoles et d’hôpitaux qui avaient été faites aux Afghans ne se sont jamais concrétisées. Un chaos a bien au contraire succédé à l’ordre que les taliban avaient fait régner dans un pays dévasté par les conséquences de l’intervention soviétique. Non seulement l’intervention de l’Otan est devenue totalement impopulaire mais les taliban ont regagné du terrain et, avant même l’élection de Barack Obama, les Etats-Unis en étaient arrivés à la conclusion qu’il fallait rechercher un compromis avec eux, les laisser participer au pouvoir à la seule et unique condition qu’ils ne laissent pas al Qaëda refaire son bastion de l’Afghanistan. Toute la question était celle des garanties que les Etats-Unis pouvaient obtenir sur ce point et c’est là que la mort d’Oussama ben Laden change les choses. Dès lors que son chef n’est plus, al Qaëda devient beaucoup moins susceptible de reprendre le contrôle de ce pays. Le problème est à moitié résolu et les négociations pourraient s’accélérer demain avec les taliban. Elles le pourraient d’autant mieux que le Pakistan a désormais à se faire pardonner la protection qu’il a si longtemps accordée à Oussama ben Laden. Les Américains sont désormais en situation d’exiger de lui qu’il veille, après leur retrait, à ce que ces réseaux djihadistes qu’il couvait pour les utiliser contre l’Inde ne se réactivent pas à Kabul. La donne afghane vient effectivement de changer.

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