La scène se passe il y a deux jours à Buckingham Palace. La reine est là...

Anthony Bellanger.

Aujourd'hui, vous commencez par une énorme gaffe de David Cameron...

La scène se passe il y a deux jours à Buckingham Palace. La reine est là, c'est sa 1ère garden party de la saison. David Cameron devise avec elle du sommet sur la corruption qu'il a convoqué. Les caméras tournent et soudain, le Premire ministre britannique déclare :

« Nous allons recevoir les leaders de quelques-uns des pays les plus incroyablement corrompus de la planète, dont ceux du Nigéria et de l'Afghanistan, probablement les deux pays les plus corrompus au monde ». Et voilà, le scandale était servi !

Le président nigérian, Muhammadu Buhari, n'a pas attendu 24 heures pour répondre à David Cameron. Sans hausser le ton mais en soulignant fermement qu'il ne voulait pas d'excuses mais préférait en guise de réparation que le Royaume-Uni lui rende le magot.

Le magot, c'est à dire les milliards de £ que les corrompus nigérians ont soustrait pour les placer dans les banques londoniennes, le temps d'acheter un appartement à Londres, des voitures de luxe ou de les renvoyer dans les paradis fiscaux de la Couronne.

Donc balle au centre, tous corrompus, tous complices ?!

Dans cette affaire, c'est effectivement la leçon à tirer. Il suffit d'ailleurs de regarder les chiffres. Commençons par le Nigéria. Une étude locale publiée pas plus tard qu'avant hier a montré qu'en 7 ans, 55 Nigérians ont détourné 6Mds€ !

Or, précise cette étude, avec un tiers de cette somme, le pays aurait pu construire 640 kilomètres de routes, 36 hôpitaux ultramodernes, 185 écoles entièrement équipées, payer la scolarité de plus de 4 000 enfants pauvres et même construire 20 000 HLM.

Or il se trouve que l'actuel président nigérian, M. Buhari donc, vient d'être élu sur un programme anti-corruption. Il est donc particulièrement injuste que le Premier ministre britannique s'en prenne à lui bille en tête.

Sauf que, comme toujours le diable git dans les détails. La campagne anti-corruption du président nigérian est surtout dirigée contre ses opposants politiques. Elle évite des « amis » tout aussi corrompus mais qui ont choisi le bon camp au moment des élections.

On imagine que le constat est aussi accablant côté britannique…

Eh oui : on estime à 36 000, le nombre de propriétés plus ou moins luxueuses achetées à Londres avec l'argent de la corruption et du détournement de fonds publics, le tout pour un total de 122Mds de £, c'est à dire 154Mds€.

Et lorsqu'on regarde les biens saisis par la justice britannique : 180M£ en 5 ans, on se dit que les risques sont bien minces et qu'il faut vraiment ne pas avoir de chance pour se faire pincer.

En fait, selon une étude gouvernementale britannique, la City de Londres gère les biens et l'argent mal acquis de milliers d'étrangers pour un total de 1650Mds$, assez pour acheter 6 fois la Grèce, Parthénon compris !

Sans même parler des paradis fiscaux qui dépendent directement de la Couronne britannique, comme Jersey ou les îles Caïman, vers lesquels les banques de Sa Gracieuse Majesté redirigent les clients les plus soucieux de discrétion.

En clair, cette petite escarmouche entre David Cameron et Muhammadu Buhari est en fait une sorte de bal des hypocrites impeccablement chorégraphié : et des deux côtés, on trouve de la morgue et de la mauvaise volonté.

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