Où l'on voit que, soupçonné de connivence avec la Russie, Donald Trump en vient à se tirer dans le pied.

Donald Trump
Donald Trump © Getty / Alexander Shcherbak

Pourquoi pas ? Entre l’invraisemblable rôle de l’argent dans les campagnes électorales, les soupçons de fraude récurrente et cette désuétude qui fait encore élire le président non pas au suffrage universel mais par les grands électeurs élus dans chacun des 50 Etats, il y a beaucoup à dire sur le fonctionnement de la démocratie américaine.

Alors, oui, pourquoi pas cette « Commission présidentielle sur l’intégrité électorale » que Donald Trump envisage d’instituer mais reste à comprendre pourquoi maintenant et avec tant d’improvisation alors qu’un tel travail de révision des institutions demande réflexion et concertation.

Eh bien, ce n’est que trop clair. Ce qui anime là le président est une simple volonté d’allumer un contre-feu pour faire passer au second plan le limogeage du patron du FBI, James Comey, remercié mardi. Quand vous avez provoqué une tempête politique, allumez-en une autre. C’est une vieille ficelle mais il n’est pas du tout certain qu’elle suffise à tirer d’affaire M. Trump qui s’est mis dans un bien mauvais cas car enfin...

A son énième tweet sur la question, Donald Trump a justifié ce limogeage en écrivant : « C’est très simple. Il ne faisait pas du bon travail ». Ah… Peut-être, mais en quoi en faisait-il du si mauvais ?

Le chef de la police fédérale venait-il de faire capoter l’arrestation d’un serial killer ? Avait-il laissé prospérer, par sa cécité, un réseau d’espionnage au cœur de Washington ? Non, à entendre la Maison-Blanche, rien de cela et rien à voir, surtout, avec l’enquête que James Comey pilotait sur l’éventualité d’une « coordination » – il avait employé le mot – entre l’ambassade russe à Washington et l’équipe de campagne de Donald Trump.

Ce que la Maison-Blanche dit reprocher à James Comey c’est d’avoir publiquement commenté l’enquête sur les mails qu’Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, avait eu la négligence d’envoyer sur des lignes non sécurisées. Voilà ! Donald Trump a sanctionné un fonctionnaire qui pourrait bien avoir coûté son élection à son adversaire démocrate. On ne fait pas plus honnête et élégant mais « maintenant qu’il a été viré, tweete le président, ces hypocrites de démocrates prétendent être mécontents ».

L’ennui est que les démocrates ne sont pas seuls à l’être.

Beaucoup de républicains le sont aussi et le disent en privé ou même en public. Aux Etats-Unis, le sentiment est général que James Comey a été écarté parce qu’il mettait trop d’obstination à s’intéresser à la manipulation de la présidentielle par la Russie, qu’il avait refusé d’écarter d’emblée l’hypothèse que Donald Trump ait pu directement tremper dans cette affaire d’Etat et qu’il avait eu l’audace de demander des crédits supplémentaires pour le financement de son enquête.

Mouvement de panique ou de colère, en le limogeant Donald Trump a allumé d’un coup tous les projecteurs sur une affaire que les responsables de la majorité républicaine au Congrès s’employaient à faire oublier. Il a fait sortir le diable de sa boîte et, contre-feu ou pas, il ne sera pas aisé de l’y faire rentrer.

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