Les Occidentaux réclament le retour de Taïwan comme observateur à l’OMS dont l’Assemblée générale se tient la semaine prochaine, mais Pékin s’y oppose absolument. Un test des rapports de force du moment.

Le Grand Hôtel de Taipei célèbre un nouveau jour sans nouveau cas de contamination, le premier mai.
Le Grand Hôtel de Taipei célèbre un nouveau jour sans nouveau cas de contamination, le premier mai. © AFP / Jimmy Beunardeau / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

C’est un test important des rapports de force entre la Chine et le reste du monde à l’heure du coronavirus. La semaine prochaine, se tient en visioconférence l’Assemblée mondiale de la Santé, le rendez-vous annuel des membres de l’Organisation mondiale de la Santé, dans un climat passablement tendu. Et un de bras de fer a été enclenché autour de la participation de Taïwan à cette assemblée, avec un statut d’observateur.

La participation de Taïwan, c’est comme un chiffon rouge agité devant le pouvoir chinois. Il en fait une question de principe, et menace de représailles tous les pays qui soutiennent cette demande. Pékin n'a jamais exclu non plus l'option militaire contre Taiwan.

Un petit rappel pour bien comprendre l’enjeu. La Chine considère l’île de Taïwan comme une partie intégrante de son territoire, même si, depuis 1949, leurs destins ont été séparés par les aléas de l’histoire. 

Taïwan a tous les attributs d’un État, une constitution, un gouvernement élu, une armée… Mais il n’est plus membre des Nations Unies, et n’est reconnu que par une poignée d’États. Lorsque les pays établissent des relations avec Pékin, ils s’engagent sur le principe d’“une seule Chine“, pas deux.

Les conséquences de cette exclusion sont très concrètes : le 31 décembre, alerté par les messages en ligne des lanceurs d’alerte de Wuhan, Taiïwan a demandé au siège de l’OMS s’il avait des informations supplémentaires. Il n’a jamais reçu de réponse et l’OMS a collé à la communication défaillante de Pékin.

Ca n’a pas empêché Taïwan d’instaurer dès cette date des contrôles sanitaires à la descente des avions en provenance de Wuhan, et d’avoir eu une gestion exemplaire de l’épidémie, avec à ce jour seulement 439 cas et six morts ; alors que l’île est à quelques encablures de la Chine continentale.

Il y a une logique de pure santé publique d’inclure Taïwan et son expérience à une assemblée qui devra tirer les premières leçons de la pandémie ; et des raisons très politiques, alors que les relations sont de plus en plus tendues entre la Chine, les États-Unis et une partie du monde.

Qui défend Taïwan à l’OMS ? Les États-Unis, évidemment, qui ne ratent pas une occasion de s’en prendre à Pékin, et réclament la présence de Taiwan. Mais ils ne sont pas seuls : le Canada, une partie de l’Europe, l’Australie et la Nouvelle Zélande, soutiennent aussi cette demande. Le mois dernier, plusieurs dizaines de parlementaires français avaient signé un appel en faveur d’une plus étroite collaboration de l’OMS avec Taïwan.

Taïwan a déjà bénéficié du statut d’observateur à l’OMS entre 2009 et 2016 ; mais Pékin a fait pression pour qu’il lui soit retiré après l’élection de l’actuelle présidente de l’île, Mme Tsai Ing-wen, à l’étiquette indépendantiste.

L’issue de cette bataille n’est pas évident. Les Occidentaux poussent ce sujet ensemble, mais beaucoup ne veulent pas être entraînés par Donald Trump dans sa guerre froide avec Pékin.

Quant à la Chine, elle s’est aliéné beaucoup de sympathie ces derniers mois. La question de Taïwan sera un test de sa capacité à dicter son agenda dans les enceintes internationales. Même si c’est aux dépens de la lutte commune contre le covid-19.

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