Il était le roi du monde. Tony Blair n’avait pas seulement été triomphalement élu et réélu par la Grande-Bretagne. Il était aussi adulé par les Américains et petit prince de la politique européenne, acclamé par les droites et attentivement écouté des modernisateurs socialistes. Tout réussissait à cet homme qui savait marier le christianisme, la gauche et le libéralisme mais tout, soudain, conspire à lui nuire. Son parti ne le suit plus. Plusieurs de ses ministres menacent de l’abandonner. La presse britannique s’interroge sur ses chances de survie. Tony Blair est mal en point car ce conciliateur né avait rêvé de faire la synthèse entre Georges Bush et l’Europe. Dans cette crise, il a, tout à la fois, voulu dissuader les Etats-Unis d’intervenir seuls en Irak et convaincre Paris et Berlin, d’accepter cette intervention. Il le voulait car depuis un demi-siècle, la Grande-Bretagne, veut peser en Amérique de son poids en Europe et peser en Europe de son poids en Amérique. Tony Blair le voulait d’autant plus qu’il considère, lui, que les Etats-Unis s’éloignent inexorablement de l’Europe, diversifient leurs alliances dans un monde unifié par l’effondrement communiste, et que les Européens doivent retarder cette échéance jusqu’au moment où ils se seront doté d’une Défense assez solide pour voler de leurs propres ailes. Tony Blair n’est pas un vassal des Etats-Unis. C’est un prudent, un homme qui a fait le choix de l’Europe à terme mais préfère, pour l’heure, un tiens à deux tu l’auras. En août dernier, il avait donc fait le voyage de Washington pour convaincre Georges Bush d’en passer par l’Onu comme tous les Européens le lui demandaient. Si vous le faîtes, lui avait-il dit, l’Europe vous suivra je vous le garantis. Georges Bush avait accepté mais il n’avait pas mis le doigt dans l’engrenage onusien, qu’il s’est trouvé face à la France, obligé de négocier une résolution qui lui donne tout, sauf les mains libres. Sans le savoir, Tony Blair a piégé Georges Bush et c’est aujourd’hui lui qui est piégé par les Américains car ils entendent désormais passer à l’offensive sans plus attendre, avec ou sans aval de l’Onu, alors qu’il ne parvient pas, lui, à vendre à son Parlement une participation britannique à une guerre qui n’aurait pas été votée par le Conseil de sécurité. Aux abois, Tony Blair a arraché à la Maison-Blanche un projet de deuxième résolution qu’il se faisait fort de faire adopter par le Conseil. Il se croyait au bout de ses peines mais non seulement la majorité reste introuvable mais les six indécis du Conseil font maintenant circuler leur propre projet de résolution, un texte proche des thèses de la France. Tony Blair n’a fait que contribuer à l’émergence de cette opposition internationale à laquelle se heurtent les Etats-Unis. La Maison-Blanche lui en veut. Elle le bouscule. Il proteste. On lui répond, c’est une citation, « qu’il arrive que des hommes d’Etat soient renversés par un autobus », que son sort, autrement dit, n’importe plus, et Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense, en est maintenant à envisager que l’Amérique intervienne en Irak sans la Grande-Bretagne. Cela signifie que les Américains ne sont plus sûrs que Tony Blair puisse maîtriser son parti. La Grande-Bretagne n’arrive plus à tout concilier.

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