Qui faut-il accuser ? Les islamistes ou ETA ? Vingt-quatre heures après le carnage des gares madrilènes, on ne sait pas qui porte la responsabilité de ces 192 morts et 1400 blessés mais l’insistance avec laquelle le gouvernement espagnol a désigné, toute la journée d’hier, l’organisation basque dit toute l’importance de cette question, pour l’Espagne et le monde. L’explosif utilisé, de la dynamite, arme habituelle d’ETA, les récents indices de préparation d’une opération de grande échelle par le mouvement indépendantiste basque, l’attentat, aussi, qu’il avait organisé, en 1995, contre José Maria Aznar – tout, évidemment, poussait les dirigeants espagnols à privilégier cette piste. Elle était plus que vraisemblable. Elle le reste à l’heure qu’il est mais s’il a immédiatement fallu, pour le ministre de l’Intérieur espagnol, que ce soit à coup sûr ETA, si l’Espagne a tant insisté pour que le Conseil de sécurité des Nations-Unies ne se contente pas de condamner ces attentats mais en accuse ETA avant le moindre semblant de preuve, c’est aussi, sans doute beaucoup, que les Espagnols votent dimanche. Il y avait, là, un enjeu politique. Il y en a toujours un car selon que les assassins qui ont froidement perpétré ce massacre sont basques ou islamistes, les résultats des élections législatives d’après-demain pourraient en être différemment affectés. Si ce sont les basques, si cela est confirmé d’ici dimanche ou qu’un faisceau de présomptions vient renforcer cette suspicion, alors les Espagnols pourraient bien être tentés de renvoyer aux Cortes un encore plus grand nombre de députés conservateurs que les sondages ne le prédisaient. Dans cette hypothèse, la droite espagnole, devrait encore amplifier son avance car, contre l’ETA, les électeurs serreront les rangs derrière le PPE de José Maria Aznar, mais dans l’autre l’hypothèse, celle d’une responsabilité islamiste, le jeu pourrait se rouvrir, une hypothèque soudain peser sur la reconduction de la droite. Si la revendication des attentats par Al Qaëda était avérée, si ce communiqué envoyé hier soir à un journal arabe de Londres était authentifié, une partie des Espagnols, rien qu’un petit nombre d’électeurs mais peut-être suffisant pour modifier les résultats annoncés, pourrait en effet considérer que c’est José Maria Aznar qui a attiré les foudres sur l’Espagne par son soutien militant à l’intervention américaine en Irak. L’année dernière, 90% des Espagnols étaient opposés à cette intervention à laquelle le Premier ministre sortant a participé contre l’opinion et la presse de son pays. Depuis, les frontières politiques traditionnelles de l’Espagne avaient repris le dessus dans le débat électoral mais un éventuel retour de l’Irak sur la scène intérieure espagnole pourraient bien changer la donne. Cela a posé lourd sur les déclarations d’hier mais une autre raison, tout aussi inconsciente, a conduit le monde à vouloir, d’emblée, que ce ne soit pas les islamistes. La peur a conduit à minimiser cette possibilité car si c’était bien Al-Qaëda, il faudrait alors s’attendre, partout ou presque, à d’autres massacres de cette ampleur, faire face à un ennemi autrement plus insaisissable, universel et tentaculaire qu’ETA, menace qui ne pèse que sur l’Espagne et la France. Les Islamistes ou les Basques ? Spéciale Madrid Edition spéciale du 7/9 suite aux attentats simultanés dans trois gares de Madrid, jeudi 11 mars. En conséquence, certaines chroniques ont été remplacées par des interviews avec différents invités, ou bien décalées par rapport à leurs heures habituelles. 7H15 : -Bernard Guetta, France Inter, chronique « La nouvelle donne ». -José Maria Munuoa, délégué du président du gouvernement basque espagnol, parti nationaliste basque. -Gérard Chaliand, spécialiste des conflits, auteur de « Histoire du terrorisme de l’Antiquité à Al Quaïda » à paraître chez Bayard le 19 mars. 7H45 : -Cédric Gouverneur, journaliste au Monde Diplomatique, auteur de nombreuses enquêtes sur la mouvance ETA. -Enrique Baron, député européen espagnol et président du groupe socialiste. 7H54 : -Pierre Le Marc, France Inter, chronique « La politique ce matin ». 8H15 : -Dominique Bromberger, France Inter, chronique « Regards sur le monde ». 8H2O – Question Directe : -Loyola de Palacio, Vice présidente de la Commission Européenne. 8H40 – Radiocom : -Cédric Gouverneur. -Francisco Javier Elorza, ambassadeur d'Espagne en France. -Richard Labévière, journaliste à RFI, spécialiste du terrorisme islamiste, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, dont « Les coulisses de la terreur : quand Washington négociait avec Ben Laden » paru chez Grasset en novembre 2003.

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