Rien ne ressemble moins à une campagne électorale. Les affiches ont été proscrites, même dans la capitale. Il n’y a pas de débats télévisés. Très peu d’Iraniens croient que ces législatives d’après-demain changeront quoi que ce soit à leur vie mais ce scrutin déchire, comme jamais, les hommes du pouvoir. Hier, encore, la figure de proue des réformateurs, l’ancien président Khatami, s’en prenait aux conservateurs qui accusent son camp de rouler pour la Maison-Blanche. C’est l’inverse, a-t-il fait valoir en expliquant, dans une mosquée, que « les dirigeants américains voulaient rester dans la région et étaient, donc, partisans des gens qui leur fournissent des prétextes pour le faire ». Ces « gens » qui prêteraient la main à Georges Bush, c’était une personne avant tout, qu’il n’avait même besoin de nommer, Mahmoud Ahmadinejad, son successeur, l’actuel président, qui ne perd jamais une occasion de s’en prendre aux Etats-Unis, aux grandes puissances et, surtout, à Israël qu’il appelle à « rayer de la carte » et qualifiait, il y a quelques jours encore, de « sale microbe noir ». Avec ce genre de déclarations, Mahmoud Ahmadinejad est devenu le plus célèbre des Iraniens, l’homme qui incarne son pays sur la scène internationale et lui a donné une image tellement inquiétante que le Conseil de sécurité a adopté, la semaine dernière, à l’unanimité moins une abstention, un troisième train de sanctions économiques contre l’Iran, partout soupçonné de vouloir se doter d’armements nucléaires. Si l’Iran fait peur, c’est à cause de cet homme qui, délibérément, ne fait rien pour rassurer mais tout, au contraire, pour inquiéter car il veut s’imposer, du Maroc à l’Afghanistan, en héros de l’Islam politique, radical et anti-occidental. Convaincu que les Etats-Unis sont dans un trop grand désarroi pour aller bombarder les installations nucléaires iraniennes, Mahmoud Ahmadinejad joue tant avec le feu que tous les autres courants du régime se sont ligués contre lui, les réformateurs, bien sûr, mais une large part, aussi, des conservateurs. Les réformateurs ont été empêchés de se présenter dans près d’une circonscription sur deux mais beaucoup des futurs députés élus sous l’étiquette conservatrice seront des adversaires du Président et la seule constitution de ce front marque un rapport de forces. Ce qui se joue dans ce scrutin, ce sont les possibilités qu’Ahmadinejad aura de remporter ou pas la présidentielle de 2009, six mois après la prise de fonctions du successeur de Georges Bush dont l’une des premières tâches sera de définir une vraie politique iranienne des Etats-Unis. La démission, hier, de l’amiral Fallon, patron des forces militaires américaines au Proche-Orient, un homme supposé opposé à un durcissement, montre que Washington ne sait pas, aujourd’hui, quoi faire vis-à-vis de Téhéran. Force ou négociation, le choix reviendra très vraisemblablement au futur Président. La première, des bombardements, serait aventureuse. La seconde, la recherche d’un compromis régional, permettrait à l’Iran de se débarrasser d’Ahmadinejad.

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