Comme à son habitude, il est monté lui-même au créneau. C'est personnellement que Nicolas Sarkozy a défendu, hier, bec et ongles, sa décision de faire revenir la France au sein du commandement intégré de l’Otan. « Dire que l’Otan aurait conduit l’armée française en Irak est un mensonge honteux », a-t-il déclaré devant la Fondation pour la recherche stratégique avant de repousser les autres objections à cette rupture avec le positionnement que le général de Gaulle avait donné à la France – membre de l’Alliance atlantique mais ne siégeant plus au commandement de sa structure militaire. « Ceux qui prétendent que notre indépendance nationale serait en question trompent les Français », a-t-il dit en répétant que la France conserverait une « dissuasion nucléaire indépendante. « L’Otan ne mène pas une guerre des civilisations », a-t-il ajouté dans une apparente réponse à Dominique de Villepin. « L’Union européenne et l’Alliance atlantique sont les deux piliers de notre Défense », a-t-il fait valoir, répondant, là, aux socialistes que c’était le rapprochement de la France et de l’Otan qui avait permis de relancer l’idée de Défense européenne car les craintes des plus atlantistes des Européens en avaient été levées. On réentendra tout cela, mardi prochain, lorsque le Premier ministre, engagera la responsabilité du gouvernement sur cette question mais puisque l’issue de ce vote ne fait pas de doute et que la France sera revenue dans le commandement intégré dès le prochain sommet de l’Otan, début avril, restent deux questions, au-delà de la polémique en cours. La première est de savoir ce que la France gagnera à cet abandon de sa singularité. Sans doute ne se met-elle pas, ainsi, aux ordres des Etats-Unis. Sans doute ne va-t-elle se contraindre à rien. Il est très excessif, c’est vrai, de dire que l’indépendance nationale serait menacée du seul fait de cette décision mais, si concrètement parlant, cela ne change pas grand-chose, quel intérêt la France a-t-elle à se banaliser à ce point alors que l’affirmation de son indépendance, aussi symbolique qu’elle fût, avait tant servi son image et sa diplomatie en en faisant une puissance occidentale mais différente ? La réponse n’est pas claire car ce ne sont pas les postes que la France décrochera, au passage, dans l’état-major de l’Otan qui lui rapporteront plus d’influence qu’elle n’en a aujourd’hui. Quant à la deuxième question, elle est de savoir ce qu’est l’Otan. Hier, cette organisation était faite pour souder l’Europe et les Etats-Unis face à l’Union soviétique, pour lui opposer un front militaire dont la signification était que, si l’URSS s’aventurait à avancer d’un seul millimètre en Europe, elle aurait à affronter l’ensemble du monde atlantique. L’Otan a rempli sa fonction mais, aujourd’hui que son adversaire n’est plus, elle est devenue un objet mutant, garant – c’est vrai – de la solidarité politique des démocraties occidentales mais sans objectifs définis. Dans un monde globalisé, sa vocation est devenue globale, donc incertaine, sujette aux évolutions du moment, et il y a des raisons de se demander s’il n’aurait pas été plus logique d’attendre de voir ce que l’Otan deviendra avant d’y reprendre une chaise dans son commandement.

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