Il y a là un progrès dont on ne saurait trop se féliciter. Jamais un candidat à l’élection présidentielle n’avait fait de l’Europe l’unique vrai grand sujet du discours clé de sa campagne. Nicolas Sarkozy l’a fait hier à Villepinte. Il l’a fait en expliquant à ses électeurs et à tous les Français qu’on ne pouvait plus séparer la France de l’Europe, pas plus leurs problèmes que les solutions à leur proposer, car l’une dépendait entièrement de l’autre et vis-versa.

Jamais cette vérité essentielle n’avait été exprimée avec autant de force et de netteté dans un meeting électoral. C’est une date et c’est ce qu’il y eut de très positif dans ce discours qui fait ainsi franchir un pas au débat politique mais, pour le reste, sur le fond du propos, il y avait là plus d’un sujet d’étonnement.

Le premier est que le même candidat qui reproche si vivement à son adversaire, François Hollande, de vouloir renégocier l’accord européen de décembre pour y ajouter un volet sur la croissance, n’a pas craint de poser trois ultimatums d’un coup aux autres Etats de l’Union. Si l’accord de Schengen n’est pas modifié sous douze mois, a-t-il dit, la France s’en retirera jusqu’à ce qu’il le soit. Si l’Union, a-t-il ajouté, ne prend pas de mesures, dans les mêmes délais, pour réserver ses marchés publics aux entreprises européennes et une partie de ses commandes publiques à ses PME, la France le fera unilatéralement.

Réélu, Nicolas Sarkozy voudrait engager trois bras de fer d’un coup avec le reste de l’Union et, qu’il ait tort ou raison de le promettre, on voit mal pourquoi ce qui est imputé à crime contre l’Europe à François Hollande n’est, pour lui que nécessaire défense de la Raison, de la France et de l’Union.

Le deuxième sujet d’étonnement est que Nicolas Sarkozy, tout en affirmant, en termes généraux, un profond engagement européen, n’ait pas eu un seul paragraphe, pas un seul, sur les apports et avantages de l’unité européenne et n’ait parlé de l’Union que pour en dénoncer deux méfaits supposés. Elle serait, à l’entendre, la source de l’immigration illégale et de la désindustrialisation alors qu’unis ou désunis, les pays européens ont tout pour aimanter des hommes fuyant la misère, qu’on ne résoudra ce problème qu’en favorisant le développement des pays les plus pauvres et que ce n’est pas l’existence de l’Union mais l’émergence de nouveaux pays industriels dont les coûts de production sont extrêmement bas qui favorise les délocalisations.

Le troisième sujet d’étonnement est donc que Nicolas Sarkozy n’ait parlé que de solutions défensives et non pas offensives, de réactions et non pas des actions qui seraient à engager en prônant, notamment, une politique industrielle européenne qui serait vraiment à même de remuscler l’économie des 27 et l’élaboration d’accords de partenariat entre les deux rives de la Méditerranée – un idée qu’il avait pourtant si ardemment défendue au début de son mandat.

Le dernier sujet d’étonnement, enfin, est que Nicolas Sarkozy ait pu, tout au long de son discours, parler de l’Europe comme d’une force extérieure dont la volonté s’imposerait aux dirigeants nationaux alors que ce sont eux et personne d’autre qui en font les décisions et les traités et tout particulièrement deux d’entre eux, Angela Merkel et… Nicolas Sarkozy lui-même.

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