Seul élément rassurant, les chefs des diplomaties russe et américaine se sont à nouveau entretenus, hier, de la crise ukrainienne. C’était au téléphone. Serguei Lavrov et John Kerry ont procédé à un échange de vue sur leurs propositions respectives visant à « garantir la paix civile et la concorde dans ce pays » mais ce qui est beaucoup moins rassurant est que cela n’a débouché sur rien et qu’on en soit, surtout, à parler de la paix comme d’un objectif à défendre. Comment dire ? « Bruits de bottes » serait totalement exagéré. « Tensions croissantes » serait, en revanche, trop faible. Alors disons, car c’est la réalité, que les enchères montent désormais de toutes parts dans cette crise et, depuis hier, à une vitesse exponentielle et extrêmement inquiétante. Aussi courroucé contre Moscou que tous les dirigeants occidentaux le sont aujourd’hui, un haut responsable européen, un homme qui suit ce dossier heure par heure, me disait hier qu’on allait peut-être vers le moment où la seule réponse à faire à la Russie serait d’intégrer l’Ukraine à l’Alliance atlantique afin d’étendre sur elle la protection de l’Otan. Cela ne se dit pas publiquement, pas encore en tout cas, mais l’idée monte en Europe comme aux Etats-Unis que, si Vladimir Poutine peut effectivement annexer la Crimée sans qu’il y ait de vrais moyens de l’empêcher, il n’est pas question de le laisser remettre la main sur tout ou partie du reste de l’Ukraine et qu’il s’agira de l’en empêcher. Or cette annexion, la ligne rouge des Occidentaux, tout dit qu’on y va maintenant à grands pas. Le Parlement de cette presqu’île qui a, jusqu’à présent, le statut de République autonome au sein de l’Ukraine mais qui était russe jusqu’en 1954 et dont la Russie a déjà repris le contrôle militaire a adopté hier matin, par 78 voix contre 81, une « déclaration d’indépendance » préludant au référendum de dimanche sur son rattachement à la Fédération de Russie. Le ministère russe des Affaires étrangères a aussitôt jugé que cette déclaration était « absolument légale » et la Douma, le Parlement russe, a parallèlement annoncé qu’elle examinerait sous peu, le 21 mars, un projet de loi autorisant le rattachement d’un « territoire étranger » – on ne se demandera pas lequel – à la Fédération de Russie. L’intégration de la Crimée à la Fédération est en marche et ce n’est pas par hasard que la Douma a choisi cette date. Le vendredi 21 mars est en effet le jour où siègera le prochain Conseil européen, le conclave des 28 chefs d’Etat et de gouvernements, qui sera de fait consacré à l’Ukraine. On devait initialement y débattre de la politique énergétique de l’Union. On le fera mais en mettant l’accent, un accent qui n’était pas prévu, sur la réduction de la dépendance énergétique – sur les moyens, en clair, à mettre en œuvre pour que l’approvisionnement en gaz des Européens ne dépende plus autant de la Russie. « On peut se passer de vous », diront les Européens à Vladimir Poutine qui, lui, ne peut pas se passer de ses exportations vers l’Europe, sauf à se mettre dans la main des Chinois. Prélude à l’accord d’association avec l’Ukraine, le Conseil devrait également lui accorder une franchise douanière et, en attendant, l’Otan s’apprête à des manoeuvres en Mer noire, au large de la Crimée.

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