L’abandon du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika et le report de l’élection présidentielle suffiront-ils à démobiliser les manifestants, ou bien la révolution citoyenne en Algérie se poursuivra-t-elle ?

Manifestations de joie dans les rues d’Alger, lundi 11 mars, après l’annonce que le président Bouteflika renonçait à un cinquième mandat, la revendication première des manifestants.
Manifestations de joie dans les rues d’Alger, lundi 11 mars, après l’annonce que le président Bouteflika renonçait à un cinquième mandat, la revendication première des manifestants. © AFP / RYAD KRAMDI / AFP

Il y a seulement deux semaines, pas grand monde n’aurait parié que la rue algérienne parviendrait à faire reculer un pouvoir qui n’en a ni l’habitude, ni la culture. Les premières réactions du régime, lorsque les Algériens ont commencé à manifester contre le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, ont été d’agiter la menace d’une « nouvelle Syrie », c’est-à-dire d’un bain de sang.

Deux semaines et pas une seule victime plus tard, le pouvoir algérien, on n’ose pas dire le Président Bouteflika même si c’est lui qui a signé la déclaration d'hier soir, donne satisfaction au peuple sur la revendication qui a tout déclenché : il n’y aura pas de cinquième mandat ; pas non plus de scrutin le 18 avril.

Quelles que soient les arrières pensées et les calculs de ceux qui ont pris cette décision, c’est sans précédent dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Rien que pour ça, le peuple algérien, dans la grande diversité et dignité qui se sont exprimées dans la rue, peut être fier de sa première victoire, même partielle.

Pour autant, rien n’est réglé; car rien n’est encore clair pour la suite. Les Algériens redoutent que, comme l’a exprimé avec humour le caricaturiste algérien Dilem, à la place du cinquième mandat, ce soit le quatrième qui dure dix ans. Car Bouteflika sera toujours président à l’expiration de son mandat actuel, et on ne sait pas pour combien de temps encore.

Le communiqué publié hier soir représente une tentative du pouvoir algérien de reprendre l’initiative qui était, depuis deux semaines, passée du côté de la société. Inexorablement, les vagues de protestations entraînaient un effritement d’un pouvoir sur la défensive. Ce pouvoir entend rester maître du calendrier et des modalités d’évolution du système politique, et c’est là que le bât blesse. Au travers d’une concession symboliquement importante, il tente en fait une véritable reprise en mains.

Ce que ces deux semaines historiques ont montré, c’est l’ampleur et la profondeur du rejet d’un pouvoir opaque, symbolisé par ce président fantôme qu’on a voulu imposer aux Algériens.

Les manifestants se contenteront-ils d’un « Grand débat » à l’algérienne et d’un processus maîtrisé par ceux qui étaient la cible des protestations de masse ? Le test viendra vendredi, jour rituel des grands rassemblements. On verra alors si le pouvoir est parvenu à démobiliser ou à diviser les manifestants.

Mais cette révolution citoyenne ne ressemble à aucune des révolutions arabes précédentes : tout porte à croire qu’elle ne rentrera pas si facilement dans le rang. La société a réussi à inverser le rapport de force pour la première fois depuis des décennies ; elle l’a fait pacifiquement, en restant unie dans la diversité des âges, des sexes, et des régions. Tout ça pour garder le même régime ? Ce serait une victoire à la Pyrrhus.

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