L’homme fort de Ryad, Mohammed Ben Salmane, a fait arrêter deux membres importants de la famille royale et déclenché une guerre des prix du pétrole avec la Russie, une gouvernance erratique d’un prince héritier au bilan peu glorieux.

En 2016, sourires entre Mohammed Ben Salmane (à gauche) et son cousin Mohammed Ben Nayef, alors prince héritier ; la semaine dernière, le premier a fait arrêter le second.
En 2016, sourires entre Mohammed Ben Salmane (à gauche) et son cousin Mohammed Ben Nayef, alors prince héritier ; la semaine dernière, le premier a fait arrêter le second. © AFP / BANDAR AL-JALOUD / Saudi Royal Palace / AFP

Depuis qu’il est apparu sur la scène saoudienne et mondiale il y a cinq ans, l’homme fort d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, surnommé MBS, alterne entre une image de modernité, et une autre d’archaïsme et de cruauté. 

Une nouvelle fois, le jeune prince, qui n’avait que 29 ans lorsqu’il a été désigné Prince héritier par le vieux Roi Salmane, est au cœur de plusieurs affaires qui montrent à la fois son audace, et ses prises de risque.

La première est interne à la monarchie wahhabite, avec l’arrestation d’un frère du Roi, et de son propre cousin, l’ex-Prince héritier Mohammed Ben Nayef. Les deux hommes sont accusés d’avoir comploté pour bloquer l’accession de MBS sur le trône. Ce coup de filet très aristocratique rappelle celui auquel avait procédé MBS il y a près de trois ans, lorsqu’il avait transformé l’hôtel Ritz de Ryad en prison dorée pour des dizaines de princes et grandes fortunes saoudiennes.

La seconde est une guerre des prix du pétrole qui l’oppose à la Russie de Poutine, et dans laquelle il engage de gros moyens. Hier, il a noyé le marché de brut saoudien, afin de faire baisser les prix pour punir la Russie.

Mohammed Ben Salmane est un futur roi toujours en quête de légitimité. Depuis cinq ans, toutes les grandes initiatives qu’il a prises se sont mal terminées, qu’il s’agisse de la guerre au Yemen qui provoque une catastrophe humanitaire ; de l’échec de sa tentative d’isoler le Qatar ; ou de son incapacité à répondre à l’attaque par l’Iran de ses installations pétrolières l’an dernier…

Et, bien sûr, l’image de MBS sera marquée à vie par l’assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi, tué de manière monstrueuse dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul. LA CIA avait conclu à la responsabilité du prince héritier, mais Donald Trump a choisi de sauver son « protégé ».

Le prince avait pourtant une colonne plus à son bilan, avec le droit de conduire ouvert aux femmes, et une ouverture sociétale bienvenue. Il avait également de grands projets de transformation économique pour l’après-pétrole. Mais cette face positive est occultée par sa gouvernance erratique.

L’arrestation des membres importants de la famille royale montre que la succession à Ryad est loin d’être sereine ; même si le roi Salmane, que l’on dit affaibli, maintient jusqu’ici sa confiance au prince héritier.

Mohammed Ben Salmane joue de nouveau gros, notamment dans son bras de fer pétrolier avec la Russie, car la victime collatérale de cette guerre des prix, c’est l’industrie du pétrole et gaz de schiste américaine, ce qui risque de déplaire à Donald Trump en cette année électorale.

Cette gestion par coups d’éclat est d’autant plus malvenue que l’Arabie saoudite occupe cette année la présidence du G20, le « club » des principales économies mondiales, dont le prochain sommet se tiendra en novembre à Ryad. Le G20, assurément, aurait besoin d’un capitaine expérimenté en pleine tempête mondiale du coronavirus, pas d’un jeune prince d’abord soucieux de sa place sur le trône.

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