Le 15 mars 2011 débutait le soulèvement en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad. Le bilan humain est catastrophique, et l’internationalisation du conflit a sauvé une dictature toujours en place. Triste anniversaire.

Un enfant syrien sur un tas d’obus usagés, dans une décharge dans la région d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, le 10 mars 2021.
Un enfant syrien sur un tas d’obus usagés, dans une décharge dans la région d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, le 10 mars 2021. © AFP / AAREF WATAD / AFP

C’est un bien triste anniversaire : il y a dix ans débutait le soulèvement de la population en Syrie contre le régime dictatorial de Bachar el-Assad. Dix ans de descente aux enfers comme peu de pays en ont connue, et qui laisseront des traces pour des générations.

Tout a débuté le 15 mars 2011, lorsque les enfants de Deraa, une ville du sud-ouest de la Syrie, ont tagué sur les murs « ton tour est arrivé, docteur ». Le docteur en question, c’est Bachar el-Assad, ophtamologue de profession, dictateur par loyauté familiale et clanique. Ben Ali et Moubarak étaient tombés, et il semblait logique qu’il soit le suivant sur la liste.

Mais rien ne s’est passé comme prévu, sans doute parce que la dictature baasiste ne se laisserait pas abattre aussi facilement que les autres ; mais aussi parce que l’internationalisation du conflit en décidera autrement.

En une décennie, le bilan humain est monstrueux. Près de 400 000 morts, 6 millions de réfugiés, 6 autres millions de déplacés internes, 80% des personnes en Syrie vivant dans la pauvreté, deux millions et demi d’enfants privés de scolarité. Ces chiffres fournis par un collectif d’ONG internationales ne donnent qu’une faible mesure de la tragédie syrienne.

Et le régime est toujours en place… En 2011, peu d’observateurs imaginaient qu’Assad serait encore au pouvoir dix ans plus tard. Dans les capitales occidentales, personne ne donnait cher de sa peau… Mais il fallait aller à Beyrouth, où l’on connait bien la Syrie, pour entendre que ce conflit allait durer « des années ».

C’est le chercheur français Michel Seurat, mort en captivité après avoir été enlevé par le Hezbollah en 1985, qui avait eu cette formule prémonitoire en parlant de la Syrie du clan Assad comme d’un « État de barbarie », titre d’un recueil de ses écrits.

Et de la barbarie, il y en a eu. Dans les centres de torture du régime, largement documentés et même photographiés, comme on le découvrira par la suite ; et dans le camp des djihadistes de l’État islamique, dont l’irruption en Syrie et en Irak, changera le cours de cette guerre aux dépens des rebelles qui étaient loin de tous adhérer à l’idéologie mortifère du califat.

Le monde extérieur n’a pas su y mettre fin : les acteurs extérieurs sont nombreux, et, dans tous les cas, ils ont participé au malheur du peuple syrien par leur actes ; ou par leur inaction. La Russie et l’Iran qui ont sauvé le régime de Damas d’un probable effondrement ; la Turquie qui a inauguré en Syrie son interventionnisme obsédé par la question kurde ; et les Occidentaux qui ont tergiversé alors qu’ils affirmaient leur soutien à la rébellion non-djihadiste.

On connait les conséquences désastreuses des interventions armées, celle des Américains en Irak en 2003, ou celle initiée par la France en Libye en 2011. On connait désormais le coût de la non-intervention, celle que Barack Obama a refusée en 2013, lors de l’emploi d’armes chimiques par l’armée d’Assad. Nul ne peut réécrire l’histoire, mais l’impuissance occidentale en Syrie a sa part de responsabilité dans le calvaire des Syriens, et dans l’audace croissante de Vladimir Poutine.

Quelle que soit la manière dont on analyse ces dix ans, c’est un terrible échec collectif, dont la Syrie ne se remettra pas de sitôt, d’autant moins que les causes du soulèvement de 2011 n’ont pas disparu. Assad règne encore, mais sur un tas de ruines.

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