Il l’avait annoncé la semaine dernière et c’est maintenant fait. Dmitri Medvedev, le nouveau président russe, a transmis, hier, à la Douma, l’Assemblée nationale, un projet d’amendement constitutionnel visant à faire passer de quatre à six ans la durée du mandat présidentiel – à compter, toutefois, de la prochaine élection. L’explication donnée, le besoin d’assurer une plus grande continuité à la direction du pays, paraît si peu convaincante que ce projet a immédiatement été vu comme la première étape d’un proche et long retour de Vladimir Poutine au Kremlin. Ce qui se préparerait, dit-on beaucoup à Moscou, ne serait en réalité qu’une démission de Dmitri Medvedev ouvrant la voie à une candidature de son prédécesseur qui pourrait, alors, reprendre les rênes pour deux mandats consécutifs de six ans, autrement dit jusqu’en 2021. Ce n’est pas exclu. Le seul fait que cette rumeur se soit si vite répandue et que la presse étrangère lui ait donné du crédit montre à quel point ce président reste perçu comme la simple marionnette de l’homme qui l’a mis en place mais cette interprétation appelle, pourtant, une question. Si elle est la bonne, si c’est vraiment une telle mascarade qui se prépare, pourquoi Vladimir Poutine n’aurait-il pas fait, plus simplement, amender la Constitution l’hiver dernier pour pouvoir directement briguer un troisième mandat, voire un quatrième et un cinquième ? Cela aurait semblé tellement moins byzantin qu’une autre interprétation vaudrait au moins examen. Dans son discours de la semaine dernière, Dmitri Medvedev n’avait pas fait qu’annoncer l'allongement du mandat présidentiel. Il avait aussi mis l’accent sur les libertés, « personnelles et individuelles », disait-il ; souligné la nécessité de « l’indépendance de la justice » ; dénoncé la « corruption » et « l’arbitraire » ; mis en garde contre toute tentation de censurer l’internet et souhaité que les media puissent rendre compte des avis et activités de tous les courants politiques – ce qui n’est pas exactement le cas aujourd’hui. Non seulement ce discours était fidèle à sa défense d’un développement des libertés en Russie mais Dmitri Medvedev avait également proposé de faciliter la constitution des partis politiques et d’admettre que ceux qui ne franchissent pas le seuil des 7% voix requises pour entrer à la Douma puissent y être, malgré tout, représentés. Il s’est ainsi démarqué du système mis en place par Vladimir Poutine et l’a franchement contredit, surtout, en estimant que les gouverneurs de régions, actuellement nommés par le Kremlin, devraient procéder à l’avenir des majorités exprimées dans les élections locales. Ce n’est pas là le retour à Poutine mais l’amorce d’une évolution, voire d’une rupture, puisque ce président a également annoncé que le gouvernement, donc le Premier ministre, donc Vladimir Poutine, devrait désormais rendre compte, chaque année, de son action devant la Douma dont le mandat sera aussi prolongé, passant de quatre à cinq ans. Celui qui perd est le Premier ministre. Ceux qui gagnent sont le président et le Parlement. A suivre…

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