C’est la crise qui monte, qui vient, qui arrive, qui fait baisser l’euro et inquiète les Bourses. Avec un déficit budgétaire égal au tiers de son Produit intérieur brut, 32% exactement, l’Irlande, pays membre de l’Union européenne et de la zone euro, est si fragilisée qu’elle ne trouve plus à emprunter qu’à des taux astronomiques, sans cesse en hausse depuis 13 jours. C’est à près de 9%, plus du double de ce qui est demandé à l’Allemagne ou la France, que les marchés prêtent maintenant à l’Irlande qui entre ainsi dans le cercle vicieux où la crise nourrit la crise, où les mesures d’austérité freinent encore la croissance et où l’endettement alourdit toujours plus l’endettement. Question de mois ou de semaines, l’Irlande aura bientôt besoin d’une aide étrangère que l’Union, par la voix du président de la Commission européenne, s’est déclarée prête, hier, à lui accorder mais comment en est-elle arrivée là et quelles seront les conséquences de cette quasi-faillite ? L’Irlande, c’est l’histoire d’un mirage qui fut longtemps regardé comme un miracle. Après avoir été le plus misérable des pays d’Europe occidentale, une terre d’émigration par excellence, l’Irlande avait décidé, à la fin des années 80, de jouer la carte du dumping fiscal, de très bas taux d’imposition sur les sociétés et les personnes. La recette était gagnante car, dés lors, les entreprises avaient d’autant plus intérêt à s’y installer qu’elles y trouvaient une main d’œuvre anglophone et pouvaient y produire dans des conditions salariales certes moins attrayantes qu’en Chine mais à des coûts globaux largement inférieurs à ceux des autres pays de l’Union et avec des salariés plus qualifiés, des conditions de vie européennes et des frais d’exportation à peu près nuls. En une poignée d’années, l’Irlande était ainsi devenue ce « tigre celtique » que tous les journaux économiques et tous les libéraux du monde donnaient en exemple des vertus de la réduction de la pression fiscale. Les arguments ne leur manquaient pas puisque le taux de croissance irlandais était effectivement devenu comparable à celui des pays émergents, plus du double voire le triple des autres pays européens, et qu’on se ruait des quatre coins de l’Union vers ce pays sans chômage, devenu terre d'immigration. Seulement voilà, vint le krach de 2008 et, dans la difficulté, toutes ces entreprises étrangères sur lesquelles reposait ce boom sont allées défendre leurs bénéfices ailleurs et l’Irlande est tombée de l’armoire, avec des banques en déroute, un chômage qui explosait et un immobilier qui s’effondrait aussi vite qu’il s’était emballé. L’Irlande, c’est l’histoire de l’illusion libérale et des dangers de la course aux profits effrénés mais maintenant ? Maintenant, l’Europe va devoir épauler ce pays. Elle va devoir lui accorder sa garantie bancaire pour qu’une faillite irlandaise ne mette pas à mal toute la zone euro et peut-être – ce n’est pas impossible – va-t-elle apprendre de cette crise qui suit la Grèce et précède le Portugal qu’elle ne peut décidément plus avoir de monnaie unique sans harmoniser ses politiques fiscales, budgétaires, industrielles et sociales. Pour l’Europe, le choix est simple – se faire ou se défaire – et ce choix devient toujours plus urgent.

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