Arabes et occidentaux, tous leurs soutiens étrangers le leur demandaient et c’est maintenant fait. A l’issue d’une longue réunion à Doha, capitale du Qatar, l’ensemble des organisations, mouvements et courants politiques et militaires de l’opposition syrienne sont parvenus, hier, à s’unir dans une « Coalition nationale » qui les rassemblera tous.

Attendue depuis longtemps, l’unification de courants si divers n’a pas été aisée. Elle n’a pu se faire que sous la pression des pays arabes, des Européens et des Américains. Peut-être même aurait-elle échoué si le Qatar n’avait pas mis son aide financière dans la balance mais le fait est aussi que, si serrées qu’elles aient été, ces négociations ont été ouvertes, marquées par une vraie volonté d’aboutir et se sont déroulées, surtout, avec la participation des mouvements de résistance intérieure qui prenaient part aux votes, depuis les champs de bataille, grâce à des réseaux internet sécurisés.

Chacun s’est battu pour peser le plus mais chacun a pu se faire entendre et la seule affirmation de ce front uni contre la dictature est de nature à rassurer les minorités puisqu’aucune d’entre elles n’a été exclue, et notamment pas les alaouites, la branche du chiisme à laquelle appartient le clan Assad. Si cet accord tient, s’il ne se heurte pas, dans les jours à venir, à des problèmes de personnes, d’orientation ou d’équilibre entre les uns et les autres, l’insurrection syrienne pourra désormais se poser en véritable alternative au pouvoir en place et la donne en serait alors très profondément modifiée.

A l’intérieur, d’abord, tous les Syriens sans exception pourraient se reconnaître dans cette Coalition où sont représentées non seulement toutes les communautés du pays mais aussi toutes ses composantes politiques, de l’extrême gauche aux islamistes en passant par les gauches et les droites modérées. C’est un rassemblement national, doté d’une direction pluraliste et nullement djihadiste, qui s’est constitué hier et pourrait valoir de nouveaux soutiens à une insurrection qui continue de marquer des points sur le terrain.

Le plus important n’est pourtant pas là. L’essentiel est que, forte de sa représentativité, la Coalition nationale devrait rapidement s’atteler à la formation d’un gouvernement provisoire susceptible d’être reconnu comme le gouvernement légitime de la Syrie par beaucoup de capitales étrangères.

Dès l’été dernier, la France s’était engagée à le faire en incitant l’opposition à s’unir et à offrir par là un interlocuteur à la communauté internationale. Si les Etats de la Ligue arabe reconnaissaient, comme c’est probable, le futur gouvernement provisoire mis en place par la Coalition nationale, les Etats-Unis et beaucoup d’autres pays devraient suivre.

Le pouvoir syrien en serait plus isolé que jamais et la question des livraisons d’armes à l’insurrection ne se poserait plus dans les mêmes termes puisqu’il ne s’agirait plus d’une ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain mais d’une réponse à une demande d’aide formulée par un gouvernement reconnu. Les cartes se rebattent et, en initiant ce processus dont elle a aussitôt applaudi l’aboutissement, la France a joué là un grand rôle.

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