C’est l’un des pays les plus singuliers du monde. Affreusement endeuillées vendredi par l’un des plus puissants typhons à avoir jamais touché terre et privées de tout depuis lors, eau, électricité et nourriture, les Philippines sont d’abord un archipel constitué de quelques sept mille îles.

La majeure partie d’entre elles sont inhabitées. L’essentiel de la population vit en fait sur les onze plus grandes et, pour moitié, sur celle de Luçon mais cet éclatement du territoire, son immersion dans le Pacifique, son exposition aux vents soufflant de l’océan vers le continent asiatique et sa forte activité volcanique font des Philippines un pays particulièrement fragile et confronté à des problèmes de communication quasiment insolubles ou qui restent, en tout cas, à résoudre.

Pays hautement improbable tant il est dominé par la nature, les Philippines sont, en deuxième lieu, de nulle part et de partout. A un millier de kilomètres seulement des côtes vietnamiennes et chinoises, elles sont asiatiques par leur géographie, avaient été islamisées au XIV° siècle mais sont avant tout espagnoles et américaines, surtout, par leur histoire. Découvertes par Magellan au début du XVI° et bientôt colonisées par l’Espagne qui leur avait donné le nom de leur futur roi Philippe II, les Philippines ont été une colonie espagnole jusqu’à la fin du XIX°, gouvernée durant près de trois cents ans par des ordres religieux auxquels Madrid avait largement délégué ses pouvoirs dans ce qui était devenu une « frérocratie », un pouvoir des frères catholiques.

L’Espagne et l’espagnol ont ainsi marqué ce pays jusqu’aujourd’hui mais l’empreinte étrangère la plus forte y est celle des Etats-Unis qui l’avaient racheté à l’Espagne en 1898 et ne lui ont donné son indépendance qu’en 1946. L’Amérique y demeure un incontournable acteur de la politique intérieure même si elle s’y est faite plus discrète à partir des années 80 et de la chute de Ferdinand Marcos qu’elle avait convaincu de s’exiler après l’avoir longtemps soutenu. L’anglais y est d’ailleurs langue officielle à côté de la langue nationale et cette longue histoire coloniale, semée de révoltes, a fait des Philippines un pays tout à la fois asiatique, européen, américain et fondamentalement chrétien.

Seuls 5% des Philippins sont aujourd’hui musulmans. Ils sont encore moins nombreux, 3% seulement, à être bouddhistes. L’Amérique a laissé derrière elle 11% de protestants et 80% de la population est catholique ce qui fait de ce pays l’un des trois plus catholiques du monde derrière le Brésil et le Mexique. Les Philippines sont un bastion de la papauté, une terre où la foi est vive, les vocations nombreuses et l’influence politique et morale du clergé si profonde que c’est lorsque l’Eglise s’était ouvertement jointe aux opposants à Ferdinand Marcos que Washington avait lâché son protégé désormais fini.

Et puis enfin, restées pauvres, les Philippines sont une terre d’émigration, grande exportatrice de personnels de maison anglophones et bien éduqués, particulièrement nombreux dans le Golfe et très appréciés des grandes familles américaines et européennes. Aujourd’hui dans l’épreuve, ce pays-monde a besoin d’aide.

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