Ce n’est qu’un espoir, un très fragile espoir mais le premier auquel les Syriens puissent se raccrocher depuis trois ans. A en croire l’émissaire de l’Onu dans ce pays dont les déchirements ont déjà causé la mort de deux cent mille personnes et déplacé plus de dix millions d’hommes, de femmes et d’enfants, le pouvoir en place pourrait maintenant accepter un gel des combats à Alep. Deuxième ville de Syrie, Alep n’est plus qu’un champ de ruines tenu par les forces du régime Assad à l’Ouest et par l’insurrection à l’Est, une ville martyre où l’horreur n’est pas quotidienne mais permanente, une ville qui fut d’une merveilleuse beauté mais dont les quartiers rebelles sont visés depuis plus d’un an par des largages à basse altitude de barils d’explosifs causant d’épouvantables ravages. A elle seule, Alep résume toute l’abomination de cette guerre et c’est pour cela que Staffan de Mistura, l’émissaire de l’Onu, a proposé d’y tenter le premier des cessez-le-feu qu’il voudrait progressivement multiplier. Son idée est d’y faire un exemple que d’autres villes et zones pourraient suivre en y faisant taire les armes et y acheminant vivres et médicaments. Toutes les tentatives de ce genre avaient jusqu’alors échoué mais là, Bachar al-Assad a publiquement estimé lundi que « la proposition de l’Onu méritait d’être étudiée » et l’émissaire onusien, un diplomate suédois, affirme avoir senti un « intérêt constructif » dans les milieux du pouvoir. Il va maintenant contacter les forces rebelles. Le succès de sa médiation est tout sauf assuré puisqu’il lui faudra vaincre une immense méfiance et susciter un accord sur les conditions d’application et la durée de ce cessez-le-feu. Rien n’est joué mais, dans une interview à la BBC, Staffan de Mistura a pourtant laissé percer un certain optimisme en expliquant qu’il y avait « un nouveau facteur », l’Etat islamique, qui « déstabilise tout le monde » a-t-il expliqué avant d’ajouter que personne, ni le régime ni l’insurrection, n’avait pris le dessus, que « personne ne pouvait l’emporter » et que c’était de ce double constat qu’était née l’idée de tenter un exemple à Alep. Il y a là beaucoup de vrai. L’insurrection est à bout de ce souffle et risque maintenant de perde Alep car elle doit combattre à la fois les forces du régime et les jihadistes de l’Etat islamique. Bachar al-Assad doit bien réaliser, de son côté, que l’inéluctable défaite des djihadistes finira par redonner des marges de manœuvre à l’insurrection et que les pays qui se sont engagés contre eux, contre l’Etat islamique, ne sont aucunement favorables au régime en place à Damas. La donne syrienne est en train de changer. Pour l’insurrection comme pour le pouvoir, un gel des combats pourrait ouvrir une nouvelle étape. L’incertain espoir qui s’est levé est bien frêle mais il s’est levé.

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