L’Afrique et l’Europe sont aujourd’hui réunies à Malte. C’est un sommet dont la France et l’Allemagne avaient pris l’initiative au printemps dernier après un dramatique naufrage de migrants africains embarqués en Libye.

Il s’agissait alors de jeter les bases d’une plus grande coopération entre les deux continents afin que l’Afrique freine les départs de tous ceux que la misère pousse à partir tandis que l’Europe l’aiderait à se développer afin de pouvoir fournir des emplois à sa population.

Il s’agissait, en un mot, de s’attaquer aux causes d’une émigration de masse qui pose des problèmes à l’Europe mais bien plus encore à l’Afrique qui est privée là des plus audacieux, des plus déterminés et, souvent, des mieux formés de ses jeunes hommes. La démarche était bonne mais, entre-temps, l’émigration syrienne a pris le pas sur l’émigration africaine, les réfugiés sur les migrants, et les Européens vont devoir faire face, aujourd’hui, à deux problèmes différents mais devenus étroitement liés par leur concomitance.

Ce matin, ils parleront donc Afrique avec les Africains et, cet après-midi, c’est entre eux qu’ils parleront Syrie ou plus exactement Turquie car il leur faut définir une position commune vis-à-vis de ce pays dont partent désormais la majorité des réfugiés syriens et avec lequel il faut donc trouver les moyens de canaliser ce nouveau flux.

Limités et partiels, ce sommet aura sans doute des résultats. IL ne sera pas vain mais tout y sera difficile, très difficile, car les Européens sont divisés, les Africains inquiets et la Turquie encore insaisissable après ses nouvelles élections.

Les Européens sont divisés entre ceux qui ne veulent simplement pas de réfugiés chez eux, une minorité, et ceux qui prônent, au contraire, leur accueil par esprit de compassion et conscience, surtout, que rien ne dissuadera ces familles entières de fuir la mort et que le choix n’est en réalité qu’entre les accueillir dans l’ordre ou le désordre. C’est la grande ligne de fracture à laquelle s’ajoutent les dispositions que les uns et les autres prennent, barbelés, contrôle aux frontières, dispersion territoriale ou création de villages de tentes.

Plus encore que la division, c’est la confusion qui devient complète en Europe et, parallèlement, les Africains craignent - non sans raisons - de faire les frais du drame syrien en voyant se réduire le nombre de visas accordés à leurs étudiants et hommes d’affaires, à tous ceux d’entre eux qui se rendent en Europe légalement et pour un temps seulement. Ils veulent bien de ce grand deal que leur propose l’Europe. Ils n’y verraient même qu’avantage mais, pour l’heure, ils voudraient surtout, des assurances sur le maintien de leurs échanges avec l’Union.

Quant aux Turcs, on ne sait pas ce qu’ils seront disposés à faire et à quel prix car, après que l’Union leur a claqué la porte au nez, rien ne les incite à voler gratuitement à son secours. Ils veulent des contreparties politiques et, sur ces contreparties, les violons sont loin d’être accordés en Europe.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.