Les 3000 délégués du Forum de Gouvernance d'Internet sont réunis à partir de lundi à Paris, un sommet ouvert par Emmanuel Macron et par le Secrétaire Général de l'ONU. La semaine dernière, les Chinois avaient organisé leur propre sommet pour promouvoir leur "modèle", basé sur le contrôle des Etats.

A Wuzheng, la semaine dernière, la Chine avait organisé son propre "sommet mondial" d'Internet, afin de promouvoir son propre modèle de gouvernance.
A Wuzheng, la semaine dernière, la Chine avait organisé son propre "sommet mondial" d'Internet, afin de promouvoir son propre modèle de gouvernance. © AFP / STR/AFP

Il y a cent ans, la guerre se déroulait dans les tranchées. Aujourd’hui, elle se mène aussi derrière son clavier d’ordinateur. Ce n’est donc pas par hasard que s’ouvre aujourd’hui à Paris, au lendemain de la commémoration de la Grande Guerre, le Forum de la gouvernance d’Internet, un sommet annuel qui se tient depuis 2006 et qui réunit quelque 3000 délégués, tous les acteurs mondiaux du secteur, gouvernements, entreprises privées, sociétés civiles.

Ouvert par Emmanuel Macron et le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Gutteres, ce forum aura cette année pour thème « l’internet de confiance », c’est-à-dire ce qui manque le plus dans l’univers d’internet, trente ans après le lancement du World Wide Web qui a changé le monde.

L’idéalisme des pères fondateurs a laissé progressivement la place aux marchands de haine et de manipulations, aux risques de guerre et au hacking. L’Internet concentre les contradictions du monde : espace libre de savoir et d’échange d’un côté, univers d’affrontement et de risque de l’autre.

L’un des plus grands dangers est celui du détournement autoritaire de la technologie. L’Internet mondial a été gouverné depuis ses débuts par des procédures dites « multi-acteurs », selon le jargon du secteur, c’est-à-dire que la définition des normes et du cadre réglementaire se fait entre toutes les parties prenantes, y compris le privées et les sociétés civiles. Personne ne doit pouvoir imposer sa loi.

La Chine, devenue l’un des géants technologiques au monde, a une autre vision, qui attribue un rôle central de régulation aux États, avec le risque de la censure. C’est d’ailleurs ce qui se passe déjà en Chine où le contrôle d’internet est plus poussé que dans n’importe quel autre pays au monde. La semaine dernière, la Chine organisait son propre sommet pour promouvoir le « modèle chinois » de gouvernance.

Ainsi, on pourrait se trouver avec deux Internet, l’un ouvert, l’autre fermé, en contradiction avec le monde sans barrières imaginé au début.

L’autre risque, plus connu, est celui du pouvoir immense détenu aujourd’hui par les grandes entreprises du secteur, les fameux GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) américains, soumis ces derniers temps à un torrent de critiques.  

Entre les deux, l'Europe tente de défendre un internet plus respectueux, comme l'a fait cette année avec ses règles de protection des données personnelles; un rare exemple où l'Europe pèse de tout son poids, et s'impose au reste du monde.

Inquiet, Tim Berners-Lee, l’un des inventeurs du web, vient pour sa part de lancer un nouveau projet, baptisé Inrupt, destiné à décentraliser le web, à redonner aux utilisateurs le pouvoir sur leurs données. Son constat est sans appel : « Le Web, a-t-il dit, est devenu une machine produisant de l’injustice et de la division, influencée par des forces puissantes qui l’utilisent pour imposer leurs propres agendas ».

Utilisé par plus de la moitié de l’humanité, Internet occupe désormais une place trop importante dans nos vies pour être laissé aux seuls États ou aux forces du marché. Cela devrait être le message du forum de Paris.

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