Un manifestant blessé par balles, un homme opposé aux protestations incendié… rien n’arrête l’engrenage de la violence, en l’absence de tout geste d’apaisement exclu par les autorités pro-Pékin.

Anthony WALLACE / AFP Arrestation d’un manifestant lundi 11 novembre dans le centre de Hong Kong, au cours de nouveaux incidents violents. Les protestations durent depuis près de six mois.
Anthony WALLACE / AFP Arrestation d’un manifestant lundi 11 novembre dans le centre de Hong Kong, au cours de nouveaux incidents violents. Les protestations durent depuis près de six mois. © AFP / Anthony WALLACE / AFP

La journée de lundi a marqué une nouvelle étape dans la spirale de la violence qui semble inexorablement s’emparer de Hong Kong, après près de six mois de manifestations initialement pacifiques et massives. 

On a pu voir hier des vidéos d’un policier qui tire quasiment à bout portant sur un manifestant, une autre d’un homme qui s’oppose aux protestataires et s’est retrouvé aspergé de pétrole et en flammes. Les deux hommes sont grièvement blessés. Vendredi, un manifestant a succombé à ses blessures après être tombé du quatrième étage d’un parking lors d’une charge de police. Ailleurs, ce sont des policiers tabassant des manifestants à l’intérieur d’une église, ou un motard de la police filmé en train de foncer sur la foule de jeunes vêtus de noir. 

Ces scènes sont devenues quasi-quotidiennes, et reflètent la descente aux enfers du territoire en principe autonome au sein de l’ensemble chinois. Il y règne de plus en plus un climat aux allures de guerre civile, que rien ne vient arrêter. 

En juin, les premiers rassemblements ont réuni jusqu’à deux millions de personnes, près du tiers de la population de Hong Kong. Elles s’opposaient à un projet de loi permettant les extraditions vers la Chine continentale, où la justice n’est pas indépendante.

Mais la réponse tardive des autorités, qui ont d’abord suspendu le projet de loi et attendu des semaines avant de le retirer complètement, ainsi que la brutalité des forces de l’ordre, ont vite fait de radicaliser les jeunes Hongkongais en première ligne. Ils ont dressé une liste de cinq demandes dont une seule, le retrait de la loi, a jusqu’ici été satisfaite.

La cheffe de l’Exécutif hongkongais, Carrie Lam, choisie par Pékin, a écarté hier tout geste d’apaisement. « Ceux qui croient que l’escalade de la violence fera céder le gouvernement se font des illusions », a-t-elle dit. Le représentant de Pékin à Hong Kong, Zhang Xiaoming, a pour sa part demandé des lois sécuritaires plus fortes, pas vraiment de quoi calmer les esprits.

Le dialogue est aujourd’hui impossible entre un gouvernement chinois braqué par la radicalité de la protestation et qui ne veut pas avoir l’air faible, et des manifestants jusqu’au-boutistes, dont certains dérapent comme on l’a vu hier avec l’homme incendié.

Les jeunes ne sont pas prêts à céder. La leçon qu’ils ont tiré de l’échec de la « révolution des parapluies » de 2014, qui réclamait l’élection du dirigeant de Hong Kong au suffrage universel direct, est que la non-violence ne paye pas. Survoltés par des semaines d’affrontements et désormais avec leurs martyrs, ils ne cessent de radicaliser leur posture.

L’impact de cette confrontation est considérable. Hong Kong est entré en récession, les touristes du continent ne viennent plus, et le fossé entre Hong Kong et le reste de la Chine ne cesse de grandir. La population du continent est bombardée de propagande unilatérale, et n’a vu hier en boucle que les images de l’homme en flammes. 

Pékin n’a pas voulu d’un autre « Tiananmen » à Hong Kong, mais est prêt à laisser le territoire s’autodétruire dans cette révolte d’une jeunesse qui ne veut pourtant qu’une chose : défendre sa liberté. 

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