Tous les députés pro-démocratie du Parlement hongkongais ont démissionné après l’exclusion de quatre autres élus, dernier signe d’une entorse de Pékin à l’autonomie du territoire promise pour 50 ans et sérieusement mise à mal.

Les élus démocrates du Conseil législatif de Hong Kong se tiennent la main en signe de solidarité, après avoir annoncé leur démission collective, mercredi 11 novembre.
Les élus démocrates du Conseil législatif de Hong Kong se tiennent la main en signe de solidarité, après avoir annoncé leur démission collective, mercredi 11 novembre. © AFP / EyePress News / EyePress via AFP

Il n’y aura plus d’élus d’opposition au Parlement local de Hong Kong à partir d’aujourd’hui. Ils ont démissionné en masse, pour protester contre une nouvelle entorse à l’autonomie du territoire, décidée à Pékin, et qui a permis d’exclure quatre d’entre eux.

En fait, ce qui se joue depuis l’imposition d’une loi sur la sécurité nationale, en juillet dernier, c’est la normalisation rampante de l’ancienne colonie britannique revenue dans le giron chinois en 1997. L’engagement de Pékin à préserver pendant 50 ans une large autonomie à Hong Kong est, de fait, progressivement réduit à néant.

Le Legco, le Conseil législatif de Hong Kong, en est le dernier signe. Les 70 députés sont pour moitié élus au suffrage universel, et pour l’autre représentent les corporations professionnelles, héritage de l’ère coloniale. Les démocrates étaient le premier groupe politique, devant les partisans de Pékin, qui conservaient néanmoins la majorité grâce aux élus professionnels.

Ces dernières années, une nouvelle génération plus contestatrice d’élus démocrates, parfois ouvertement anti-Pékin, a fait son entrée au Legco. C’est elle qui est aujourd’hui visée, pour son « manque de patriotisme », traduisez de soutien au gouvernement central chinois.

A plusieurs reprises par le passé, des élus démocrates ont été exclus, notamment pour avoir refusé de prêter serment de loyauté vis-à-vis de la Chine. Mais la décision passait par la justice qui conserve une certaine indépendance. Pékin a décidé de donner ce pouvoir à l’exécutif hongkongais, qu’il contrôle, écartant donc les tribunaux. 

Quatre jeunes élus ont été exclus de l’Assemblée hier, provoquant la démission collective des 19 démocrates en signe de solidarité. « C’est la fin d’un pays, deux systèmes », s’est exclamé l’un d’eux, faisant allusion au principe d’autonomie promis par Pékin.

Et ce n’est pas le seul indice. Chaque semaine, il y a des signes de reprise en mains, presque imperceptibles. Le mois dernier, deux nouveaux vice-présidents ont été nommés à l’Université de Hong Kong, venus de Chine continentale, dont l’un était membre du Comité du Parti communiste de son université à Pékin.

Même chose dans les médias, avec l’arrestation la semaine dernière d’une documentariste indépendante, tandis qu’un patron de presse très remuant, Jimmy Lai, sera bientôt jugé.

La normalisation de Hong Kong est en cours et ne s’arrêtera pas. Xi Jinping en fait une question d’autorité du pouvoir central après des mois de manifestations parfois violentes dans le territoire ; les protestations internationales n’y feront rien.

La détérioration des relations entre la Chine et le monde occidental a été telle, surtout avec l’administration Trump, que Pékin estime n’avoir rien à gagner à faire des concessions à Hong Kong. Le calendrier de la reprise en mains du territoire s’est accéléré, l’espace de liberté politique va donc en se réduisant, jusqu’à aligner un jour Hong Kong sur le continent.

Plusieurs jeunes leaders contestataires se sont réfugiés à l’étranger, 12 d’entre eux qui tentaient de gagner Taiwan par la mer ont été arrêtés et seront jugés en Chine. Ceux qui restent se savent en liberté surveillée.

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