Ce ne sont que de toutes petites lumières, fragiles, incertaines, mais quelque chose bouge peut-être en Irak. Premier fait nouveau, tandis qu’un site islamiste annonçait, images à l’appui, l’assassinat de deux otages de plus, un turc et un kurde, les miliciens chiites de l’un des grands bastions de la lutte contre la coalition américaine, le quartier de Sadr City, à Bagdad, commençaient à remettre leurs armes aux forces du gouvernement intérimaire. Ce n’est pas une capitulation. C’est le résultat d’une négociation en bonne et due forme entre le gouvernement de Iyad Allaoui et les hommes de Moqtada Sadr, rebelle parmi les rebelles, qui ont accepté de désarmer à condition que leur arsenal leur soit racheté, que leurs prisonniers soient libérés et que cessent les offensives gouvernementales contre leur bastion. L’opération est prévue pour durer plusieurs jours Il n’est pas encore prouvé qu’elle puisse être menée à terme. Pour l’heure, les miliciens ont, surtout, rendu de vieilles pétoires et les autorités, prudentes, ne leur ont encore remis que des reçus en échange mais le fait est que les deux parties ont accepté de marcher, là, vers la transformation d’une milice en force politique, que les hommes de Moqtada Sadr ont ainsi été reconnus comme des interlocuteurs par l’équipe que les Américains ont mis en place et que leur participation aux élections de janvier devient envisageable. C’est un pas dans la bonne direction, d’autant plus notable que, parallèlement, des négociations sont en cours pour tenter de parvenir à un accord de ce type avec les milices de Falloujah, le bastion armé des islamistes sunnites, la ville à partir de laquelle sont organisés la plupart des enlèvements et des attentats. Les pourparlers n’ont pas encore abouti mais les porte-parole gouvernementaux se disent plutôt optimistes. Si les jours à venir confirmaient ces premières évolutions vers la raison, il serait alors possible de commencer à croire au processus politique qui devrait mener, après l’élection d’une Assemblée constituante au début de l’année prochaine, à la rédaction d’une Constitution puis, un an plus tard, à des élections parlementaires d’où sortiraient un gouvernement irakien élu. On n’en est, bien sûr, pas là mais, dans un tunnel, toute lumière ranime l’espoir et celles-ci ne se sont pas allumées dans n’importe quel contexte. La Grande-Bretagne devrait voter au printemps prochain et Tony Blair aurait plus que besoin de pouvoir faire état d’une détente irakienne devant ses électeurs. La Pologne, également engagée en Irak aux côtés des Etats-Unis, vote aussi en 2005 et ses dirigeants multiplient, à l’approche de cette échéance, les déclarations sur leur volonté de se retirer ou de réduire, au moins leurs effectifs. L’Italie, autre force de la coalition, en est à envisager, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, une relève des troupes actuelles par des contingents arabes aussitôt après les élections de janvier. Georges Bush, enfin, et ce n’est pas le moins important, aurait tout à gagner à pouvoir faire état, avant le 2 novembre, de progrès politiques à Bagdad. A suivre, à la loupe.

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