Moins éprouvée que le Pakistan par le séisme qui a frappé, samedi, l’Asie du Sud-Est, l’Inde lui a proposé son aide. Le Pakistan l’a acceptée et cette tragédie pourrait accélérer le rapprochement en cours entre ces deux pays ennemis Plus d’un milliard d’habitants d’un côté, plus de cent millions de l’autre, désormais dotées l’une et l’autre d’armes atomiques, l’Inde et le Pakistan sont en conflit depuis près de soixante ans. Depuis que la Grande-Bretagne s’est retirée de son ancien empire en favorisant la création d’un foyer national musulman devenu le Pakistan, ces deux pays se disputent en effet le Cachemire, région très majoritairement musulmane mais dont la dynastie régnante, une famille hindoue, avait demandé le rattachement à l’Inde. Des trois guerres qui ont opposé Indiens et Pakistanais depuis 1947, deux ont été provoquées par ce conflit et les armes avaient bien failli parler une nouvelle fois, en 2002, après une attaque contre le Parlement indien que New Delhi avait attribuée à des islamistes téléguidés par les services secrets d’Islamabad. Depuis 1947, le Cachemire est divisé entre une zone pakistanaise et une zone indienne mais les éléments ont voulu que ce soit du côté pakistanais que le séisme de samedi ait fait le plus de ravages. C’est là que l’essentiel des quelques 40 000 victimes ont trouvé la mort. Les blessés y sont innombrables et le Pakistan, dont deux millions et demi de ressortissants n’ont plus de toit, est bien incapable d’organiser les secours à lui seul. Il a fait appel à l’aide internationale qui s’achemine des quatre coins du globe mais allait-il accepter celle de son voisin, l’Inde, moins frappée que lui ? Allait-il accepter que les populations du Cachemire pakistanais soient aidées par un pays qui revendique et considère comme sien ce territoire ? Immédiate, sans l’ombre d’une hésitation, la réponse a été « oui ». Vingt-cinq tonnes d’aide indienne sont en route depuis hier. D’autres vont suivre car, depuis le début de l’année, une détente s’amorce entre les deux pays qui la souhaitent également. Côté indien, dans ce géant qui s’éveille, s’industrialise, exporte et s’affirme dans les technologies de pointe, les blessures du séparatisme musulman se referment et les jeunes générations aspirent à la fin de ce conflit qui coûte trop cher et freine la croissance. Côté pakistanais, le Président Musharaff a, lui, fait un choix après les attentats du 11 septembre. Il a, alors, décidé de soutenir l’intervention des Etats-Unis en Afghanistan - de lâcher, autrement dit, le régime taliban que les services secrets pakistanais avaient mis en place dans l’espoir de réunir un jour l’Afghanistan et le Pakistan dans un ensemble musulman s’étendant jusqu’à l’Asie centrale et capable de faire face à l’Inde. Ce jour-là, Pervez Musharaff avait de fait rompu avec les puissants mouvements islamistes de son pays qui étaient les relais régionaux de la Raison d’Etat pakistanaise. Cela lui a valu deux tentatives d’assassinat. Un permanent bras de fer l’oppose depuis aux islamistes et lui aussi souhaiterait donc trouver un compromis sur le Cachemire qui est le drapeau, l’Alsace-Lorraine, des islamo-nationalistes. Des deux côtés, les petits pas s’étaient donc multipliés et ce séisme devient l’occasion d’en faire un grand.

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