« Trop tôt », se disait-on. « Où est la paix ? », se demandait-on quand la nouvelle est tombée, vendredi, et que la revue des conflits dont la solution aurait pu valoir ce Nobel à Barack Obama ne semblait pas apporter de réponse. L’Afghanistan ? La guerre ne fait que s’y amplifier et ce président ne sait simplement pas comment y mettre fin. Le Pakistan ? Tout s’y aggrave. Le plus vieux des conflits ? Bien qu’il ait dit ce qu’il fallait sur la nécessité d’arrêter la colonisation des Territoires occupés, Barack Obama n’a pas su relancer le processus de paix israélo-palestinien. L’Irak ? L’amélioration de la situation y a précédé son élection et tout y reste fragile. L’Iran ?... Eh bien, tiens, oui, peut-être l’Iran… Rien n’y est résolu et loin de là mais, malgré toute la mauvaise foi des dirigeants iraniens sur leur programme nucléaire et toutes les provocations de Mahmoud Ahmadinejad, Barack Obama a su « tendre la main » à la République islamique. Malgré le trucage de la présidentielle de juin et la répression des manifestations qui s’étaient ensuivies, il a su persister dans cette voie et, lorsque la théocratie a, enfin, accepté le dialogue, il a su n’écouter ni les Européens, ni la presse américaine, ni ses propres conseillers. Malgré le ton de cette lettre qui ne disait certes pas « non » mais passait sous silence la question nucléaire, Barack Obama a repoussé tous les arguments appelant à immédiatement travailler à de nouvelles sanctions et décidé de fixer rendez-vous aux Iraniens. Cela pouvait paraître vain. C’était risqué. Il aurait pu se faire humilier par les mollahs alors qu’il l’est déjà par un président afghan qui a laissé bourrer les urnes, un Congrès qui bloque sa réforme de la couverture médicale, une droite israélienne qui ne veut rien entendre et tant de journaux qui ont déjà décrété son échec. Barack Obama n’a écouté que son instinct de paix, d’homme qui croit en la vertu du dialogue, et c’est lui qui avait raison. Démentant les "sachants", les Iraniens ont arrondi les angles à Genève. Ce tournant reste erêmement incertain mais « la porte s’est ouverte », comme dit Hillary Clinton, et Barack Obama y a beaucoup contribué. Ce n’est pas seulement qu’il ait acculé les Iraniens à la négociation en les y appelant publiquement. C’est surtout qu’il s’est employé à bâtir le rapport de force diplomatique qui leur a donné à réfléchir en sachant tourner la page sur les sujets de conflit que Georges Bush avait multipliés vis-à-vis de la Russie. Sans l’appui de Moscou, rien n’était possible car la théocratie n’aurait pas eu à craindre d’affronter l’unanimité du Conseil de sécurité. Barack Obama a, donc, recouru à la détente diplomatique, à un rapprochement avec la Russie, pour favoriser des négociations avec l’Iran, bien sur, mais aussi déminer la scène internationale comme il l’avait fait avec son adresse au monde musulman. Aucun conflit n’en est encore résolu mais, incertitudes ou pas, un climat a changé. Ce n’est pas la paix qui reste, partout, à venir que ce prix récompense. C’est l’un de ses partisans les plus obstinés qui, à ce titre, oui, méritait ce Nobel.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.