François Hollande a parfaitement bien exprimé, hier, la contradiction des Occidentaux sur la Syrie. Interrogé, à la veille du sommet de la francophonie, par les chaines de l’audiovisuel extérieur de la France, il a d’abord expliqué pourquoi Bachar al-Assad devait se retirer au plus vite.

Plus dure ce conflit, a-t-il dit en substance, plus grand est le danger que ce pays n’éclate et ne sombre dans de sanglants affrontements communautaires. Le président de la République était, là, totalement convaincant car le fait est que, plus les horreurs s’accumulent, et s’accumulent désormais des deux côtés, plus grandissent la haine et le ressentiment entre les différentes communautés syriennes et plus chacune d’entre elles se dit que la victoire de l’autre camp ne pourrait mener qu’à sa propre extermination.

C’est malheureusement vrai puisque les sunnites se disent, non sans raisons, que la minorité alaouite, celle du pouvoir, voudrait les dissuader à jamais de se rebeller s’ils perdaient la partie tandis que les alaouites se disent, eux, que les sunnites se vengeraient, s’ils l’emportaient, des atrocités dont ils sont victimes depuis dix-huit mois. Pire encore, plus le temps passe, plus ce conflit prend une dimension toujours plus régionale en mettant aux prises sunnites et chiites puisque c’est bien un affrontement entre les deux religions de l’islam qui décide de qui soutient quel camp syrien au Proche-Orient.

La Turquie, le Golfe et l’Egypte, pays sunnites, soutiennent les sunnites syriens tandis que le régime chiite iranien et l’Irak à majorité chiite soutiennent les alaouites qui constituent une branche du chiisme. Il faut que cette guerre cesse avant qu’elle ne devienne une guerre de religion qui déchirerait toute la région pour longtemps.

Cela passe obligatoirement par un retrait de Bachar al-Assad et l’organisation d’une transition pacifique. François Hollande avait raison de le dire hier mais on ne peut pas, à la fois, dire cela et ajouter aussitôt qu’il n’est pas possible de livrer des armes aux insurgés – ce qui n’est pas seulement la position de la France mais celle de tous les Occidentaux.

L’Occident craint d’armer des djihadistes en livrant des armes aux insurgés. Ce n’est pas une crainte infondée. Cela pourrait effectivement arriver mais, plus l’Occident restera bras croisés, plus les djihadistes pourront dire que les Occidentaux ne sont que des hypocrites, qu’ils condamnent Bachar al-Assad mais ne font rien contre lui et que seuls le terrorisme et la vraie foi pourront le faire tomber. C’est entre deux maux qu’il faut choisir et le moindre est la livraison d’armes.

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