Tout est possible, mais ce n’est pas le plus probable. On peut parfaitement imaginer, et beaucoup le font en Turquie, que Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’Etat turc, se soit engagé dans une stratégie de la tension pour gagner les élections législatives du 1ier novembre prochain et que certains de ses partisans soient ainsi, directement ou indirectement, responsables de l’attentat qui a fait samedi, à Ankara, près de cent morts et 165 blessés dont 65 sont encore dans un état de grave.

On pourrait l’imaginer parce que Recep Erdogan et l’AKP, son parti islamo-conservateur, ont perdu les élections législatives de juin dernier pour la première fois depuis 13 ans, que les élections anticipées qu’ils ont maintenant organisées pour dans trois semaines ne s’annoncent pas plus favorables pour eux, que le chef de l’Etat n’est pas homme à se laisser marginaliser sans réagir et qu’il a rallumé - cela, c’est un fait - la guerre avec les séparatistes kurdes du PKK afin de tenter de susciter autour de lui un élan nationaliste qui lui rende une majorité parlementaire.

C’est d’ailleurs une manifestation de dénonciation de cette relance de la guerre avec les maquis kurdes qui a été visée samedi mais de là à croire à une provocation du pouvoir… non ! Ce n’est pas le plus probable puisque un tel attentat en plein cœur d’Ankara montre avant tout que ce pouvoir n’est plus capable d’assurer la sécurité dans sa propre capitale, que cela affaiblit Recep Erdogan et fait de ses opposants des victimes.

Tout, bien sûr, est possible mais cet attentat de samedi est beaucoup plus vraisemblablement l’œuvre de Daesh, des jihadistes de l’Etat islamique qui ne pardonnent pas au président turc de s’être retourné contre eux après les avoir discrètement soutenus - plus passivement qu’activement mais tout de même - dans l’espoir qu’ils auraient raison de Bachar al-Assad, le président syrien, dont il souhaite ardemment la chute pour des raisons d’équilibre régional entre les mondes sunnite et chiite. Le mode opératoire de samedi reproduit celui de l’attentat qui avait eu lieu le 20 juillet dernier dans une ville kurde proche de la frontière syrienne et, comme en juillet, Daesh semble avoir fait coup double en frappant les Kurdes qui lui résistent en Syrie et semant le chaos dans cette Turquie désormais devenue son ennemie.

Les Turcs viennent de connaître leur 11 septembre. La Turquie vient de vivre le plus sanglant des attentats qui l’aient jamais frappée et cela au moment même où tous les sondages disent qu’elle sortira ingouvernable de ses deuxièmes législatives en quatre mois, où s’éloignent ses perspectives de compromis avec les séparatistes kurdes, où son économie marque le pas et où les forces d’opposition n’ont pour point commun que le rejet de la dérive dictatoriale d’un chef de l’Etat atteint d’une mégalomanie croissante.

De graves difficultés menacent la Turquie, puissance dont la stabilité est essentielle à un Proche-Orient en flammes.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.