Profond embarras mais pas de lâchage : c’est ainsi que l’on pourrait résumer l’attitude des pays occidentaux alliés de l’Arabie saoudite, après l’avalanche de révélations sur la disparition de Jamal Khashoggi. C’est faible face à une affaire devenue un scandale international.

La dernière image de Jamal Khashoggi vivant, le moment où il pénètre dans le Consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, image tirée d’une video de surveillance.
La dernière image de Jamal Khashoggi vivant, le moment où il pénètre dans le Consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, image tirée d’une video de surveillance. © AFP / Demiroren News Agency / AFP

Ce journaliste de 59 ans, qui appartenait au sérail de la monarchie saoudienne avant de devenir un détracteur exilé du pouvoir actuel à Ryad, a disparu depuis dix jours à Istanbul, et l’hypothèse de son assassinat est aujourd’hui la plus probable.

L’affaire Khashoggi s’enrichit chaque jour de nouveaux détails accablants, avec 

-       la photo et l’identité des 15 agents saoudiens accusés du meurtre qui s’étale à la une des journaux turcs ; 

-       des écoutes de communications saoudiennes menaçantes à l’encontre du journaliste, et qui feraient remonter l’ordre jusqu’au prince héritier, l’homme fort du Royaume saoudien ;

-       et une version officielle de Ryad que rien ne vient confirmer.

Le résultat est que personne ne croit que Jamal Khashoggi a quitté vivant et de son plein gré le Consulat saoudien à Istanbul comme l’affirme Ryad, sans en apporter la preuve. Sa fiancée qui patientait à l’extérieur a attendu jusqu’à la fermeture du Consulat, sans le revoir.

La réaction la plus attendue était celle de Donald Trump, qui avait réservé à l’Arabie saoudite son premier déplacement à l’étranger après son élection, et qui a forgé, avec le prince héritier Mohamed Ben Salman, une véritable alliance.

Après plusieurs jours de silence, Donald Trump a demandé de connaître la vérité sur cette affaire, une manière de signifier qu’il ne pouvait pas couvrir l’assassinat d’un journaliste résident aux Etats-Unis et collaborateur d’un grand journal américain, le Washington Post. Mais il a aussitôt ajouté que ça ne justifiait pas l’arrêt des livraisons d’armes.

Les autres alliés du Royaume wahabbite sont sur la même tonalité, avec un choix de mots qui révèle le profond embarras. Y compris en France, quatrième fournisseur d’armes de l’Arabie saoudite et toujours prudente dans ses commentaires sur ce pays. Trop prudente, voire timorée, dans ce cas.

On a toutefois noté hier que la candidature de l’Arabie saoudite à un statut d’observateur à l’Organisation internationale de la Francophonie avait été discrètement retirée. C’est un signe.

A son Secrétaire d’Etat qui lui disait que Somoza, le dictateur du Nicaragua, était un « salaud », Roosevelt aurait répondu « Oui, mais c’est notre salaud ». Ce bon mot d’un Président américain s’applique à merveille à la situation actuelle. 

On ne lâche pas un allié aussi précieux que l’Arabie saoudite parce qu’il a commis un crime, on règle ses comptes autrement. 

Le prince héritier est une pièce maîtresse de la vision du monde de Donald Trump, et surtout de son gendre Jared Kushner. Face à l’Iran ou aux Palestinien, « MBS », comme on l’appelle dans la région, est un allié précieux malgré ses nombreux échecs. 

Il sortira vraisemblablement affaibli de cette affaire, tant dans le royaume où il s’est fait de nombreux ennemis, que sur le plan international où il deviendra moins fréquentable. Il doit y avoir un avant et un après Jamal Rashoggi dans les relations avec Ryad.

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