Un cessez-le-feu fragile et pas toujours respecté a été imposé par Moscou, qui en profite pour rétablir son autorité sur une région dans laquelle la Turquie tente d’élargir sa sphère d’influence.

Deux semaines de bombardements et de combats ont fait des centaines de morts et de nombreuses maisons détruites. Ici à Stepanakert, la capitale de l’enclave du Haut Karabakh, peuplée d’Arméniens.
Deux semaines de bombardements et de combats ont fait des centaines de morts et de nombreuses maisons détruites. Ici à Stepanakert, la capitale de l’enclave du Haut Karabakh, peuplée d’Arméniens. © AFP / ARIS MESSINIS / AFP

Le cessez-le-feu est imparfait, mais il a le mérite d’exister après deux semaines de combats qui ont fait des centaines de victimes. C’est à Moscou que s’est décidée la trêve, lorsque le Kremlin a décidé de convoquer les chefs de la diplomatie des deux pays en guerre, l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Il était logique qu’il en soit ainsi, et le retard à l’allumage de la diplomatie russe avait commencé à poser questions. Cette région du Caucase du Sud a toujours été soumise à des influences opposées, au carrefour de tous les empires d’hier … et d’aujourd’hui. Mais depuis plus d’un siècle, c’est la Russie qui a la haute main, et il était peu vraisemblable que Vladimir Poutine y renonce.

Car tout le monde l’a bien compris, au-delà du conflit historique, inextricable, entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie sur le sort de l’enclave du Haut Karabakh, ce sont les rapports de force entre puissances régionales qui se sont joués pendant ces deux semaines de combats.

La Turquie de Recep Tayyip Erdogan constitue en effet l’élément nouveau de ce conflit. Sans la Turquie, les hostilités n’auraient d’ailleurs pas repris, estiment de nombreux experts, car ce sont les armes turques, en particulier les drones de combat, qui ont fait la différence initiale.

La Turquie est venue défier Moscou dans son arrière-cour, non pas pour provoquer une confrontation qui ne serait pas dans son intérêt, mais pour marquer sa zone d’influence nouvellement acquise – ou retrouvée si on prend une perspective historique longue qui est celle du quasi-Sultan Erdogan.

La Turquie s’est insérée dans les failles de la présence russe dans la région, inégale entre d’un côté l’Arménie avec laquelle les liens sont étroits, y compris avec un accord de défense et une base militaire russe ; et de l’autre l’Azerbaïdjan, qui achète certes des armes à la Russie et conserve des liens politiques étroits, mais qui a la marge de manœuvre que lui donnent ses richesses pétrolières et gazières.

Mais le Caucase du Sud est trop vital pour Moscou pour laisser la Turquie prendre trop de place, ce qui aurait été le cas si les combats s’étaient poursuivis.

La Russie peut-elle aller au-delà d’un cessez le feu ? Ce sera très difficile à court terme, car les données du problème du Haut Karabakh sont connues – et sans solution. La légalité azerbaïdjanaise s’oppose à la force du peuplement arménien. Les négociateurs internationaux vont se remettre au travail sans illusions ; parmi eux la France qui co-préside le « groupe de Minsk » sur le Haut Karabakh avec la Russie. 

Mais l’important pour Moscou était d’arrêter les combats -on verra dans les prochains jours si ça tient du premier coup-, et au passage de réaffirmer la primauté de la puissance russe dans cette zone.

Comme l’expliquent très bien les auteurs d’une étude de Science Po (« Éclats d’empires, Asie centrale, Caucase, Afghanistan », sous la direction de Marlène Laruelle et Sébastien Peyrouse, éd. Fayard 2013), « la Russie contemporaine n’est plus l’URSS. Son objectif n’est pas de recréer un État unifié sur l’ensemble de l’espace anciennement soviétique, mais de sécuriser son propre territoire, de construire des logiques économiques régionales, et de s’appuyer sur des régimes alliés ». La Turquie ne fait pas partie de ce paysage stratégique, en tous cas pas en fomentant des guerres à la barbe de Poutine.

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