Le Fatah, le parti de Yasser Arafat, domine le Conseil législatif palestinien. Depuis son élection, en 1996, ce Parlement né des accords d’Oslo était donc aux ordres. Il votait ce qu’on lui demandait, mais, hier, ses élus se sont révoltés. Au lieu d’accorder leur investiture au gouvernement que Yasser Arafat avait nommé en juin dernier, ils ont tant et si bien critiqué l’impéritie, la gabegie et la corruption régnantes que le chef de l’Autorité palestinienne, la figure historique de la lutte nationale, a du fixer une date, le 20 janvier prochain, aux élections qu’il promet d’organiser depuis des mois. Avec cette concession, la cause semblait entendue. Le gouvernement allait être investi mais non ! La majorité était si clairement décidée voter à « non » que Yasser Arafat a préféré demander à son gouvernement de démissionner plutôt que de subir un désaveu. C’est un événement sans précédent mais cette rébellion n’est en fait qu’un épisode supplémentaire d’une contestation croissante, non pas seulement d’un homme et de son régime mais d’une stratégie, celle de la violence, à laquelle la direction palestinienne était revenue il y a deux ans. D’abord, ce ne fut qu’un murmure, quelques intellectuels, puis Sari Nusseibeh, le représentant de l’OLP à Jérusalem, héritier d’une des plus grandes familles palestiniennes, qui, dès l’hiver, commença à dire que la nouvelle Intifada ne menait à rien qu’à faire le jeu de la droite israélienne et que les Palestiniens ne pouvaient pas demander à la fois un Etat et le retour des réfugiés sur ce qui est devenu territoire israélien. C'est sur ce point que s'étaient rompus les derniers pourparlers de paix en janvier 2001. C'était fort et, fin août,le nouveau ministre de l’Intérieur, Abdelrazak al-Yahya, a fait sensation en appelant à l’arrêt de toute violence, bientôt relayé par un fidèle de Yasser Arafat, Nabil Amr, qui a adressé une lettre ouverte au président pour lui dire. « N’avons nous pas dansé de joie, lui disait-il, devant l’échec de Camp David ? N’avons nous pas couvert de boue le président Clinton qui avait courageusement mis sur la table des propositions de création d’un Etat palestinien ne comportant que des modifications de frontière mineures ? Après deux ans de bain de sang, nous demandons exactement ce que nous avons rejeté alors – sauf que nous sommes maintenant sûrs qu’il n’est plus possible de l’obtenir ». « Nous avons échoué à gérer le processus historique auquel nous faisions face, poursuivait Nabil Amr, et les tanks israéliens assiègent Gaza et contrôlent totalement la Cisjordanie ». Ce texte a été publié dans l’organe officiel de l’Autorité palestinienne, Al Hayat al-Jadida, et se concluait par cette question : « Si Sharon nous provoque, notre intérêt n’est-il pas de le conduire à l’impasse en restant tranquillement assis ? ». Après que la violence eut mis la droite israélienne au pouvoir et infligé la plus épouvantable des défaites aux Palestiniens et à la paix, une idée neuve monte en Palestine, celle de la non-violence. Ses défenseurs ne l’ont pas encore imposée, loin de là, mais tandis que 89% des Palestiniens réclament des réformes radicales et que l’autorité de Yasser Arafat s’estompe, cette idée neuve fait enfin, soudain, son chemin.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.