Les dés sont jetés. Ce n’est pas forcément imminent mais l’expulsion de Yasser Arafat par Israël, cette « décision de principe » prise hier par le cabinet israélien, cette « grosse erreur », dit Shimon Pérès, sera bientôt un fait accompli car la droite israélienne a toujours honni le Président palestinien et que la gauche n’a maintenant plus confiance en lui. Pour la droite, Yasser Arafat est resté le terroriste des années soixante et soixante-dix, un irréductible ennemi qui n’aurait jamais renoncé à son ancien objectif, la destruction d’Israël, et n’aurait emprunté la voie des négociations et signé les Accords d’Oslo que pour mieux y parvenir, pouvoir s’installer dans les Territoires occupés et y poursuivre son combat de l’intérieur. Aux yeux de la droite et d’Ariel Sharon au premier chef, le Président palestinien approuve et organise en sous-main ce qu’il condamne en public. Il est le véritable responsable des attentats terroristes, un « obstacle absolu à toute tentative de réconciliation », disait hier le cabinet israélien, et il ne faut donc pas seulement le mettre hors jeu politiquement mais aussi physiquement, en l’expulsant, voire en le tuant comme le demande ouvertement la droite la plus radicale. La gauche, elle, se considère trahie par Arafat. C’est avec lui qu’elle a signé les accords d’Oslo. C’est elle qui a permis son élection, la création de l’Autorité palestinienne et de ses forces de sécurité et elle ne peut donc pas lui pardonner d’avoir laissé repartir l’Intifida en septembre 2000, de l’avoir peut-être même ressuscitée, d’avoir ainsi placé le gouvernement Barak en total porte-à-faux et de n’avoir pas, surtout, accepté le plan Clinton au mois de décembre suivant. La gauche israélienne reproche à Yasser Arafat d’avoir en fait mis Ariel Sharon au pouvoir en n’ayant pas le courage, au pied du mur, d’accepter un compromis ou, pire, en n’ayant en réalité pas voulu de la paix. Après trois ans de violences, Yasser Arafat n’a ainsi plus de défenseurs en Israël et c’est pour cela que son expulsion n’est sans doute plus qu’une question de temps. Les Américains sont contre et se sont empressés de le rappeler. Une éventuelle expulsion de Yasser Arafat n’est pas la solution et n’aiderait pas à établir la paix, ont-ils aussitôt déclaré car ils craignent, si elle devenait effective, que leur tâche ne soit encore compliquée en Irak. L’Europe n’a pas non plus tardé à faire part de sa « vive préoccupation » en expliquant qu’il ne fallait surtout rien faire, aujourd’hui, qui puisse accroître la tension et favoriser une escalade. Hosni Moubarak, le Président égyptien, parle, lui, d’une « monumentale erreur » et Shimon Pérès, exprimant là tout le camp de la paix israélien, fait valoir que, libre de ses mouvements, passant d’une capitale à l’autre, Yasser Arafat, poserait beaucoup plus de problèmes à Israël qu’il ne peut, en tout état de cause, le faire aujourd’hui. L’Europe, l’Amérique et Shimon Pérès ont raison. L’expulsion de Yasser Arafat n’arrangerait rien, aggraverait tout, mais elle est comme déjà faite, conséquence annoncée de cette réalité qu’est la faillite du processus de paix.

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