Un malheur, l’horreur a fortiori, peuvent être l’occasion d’une prise de conscience, d’un nouveau départ et d’un rebond. « Pourquoi nous haïssent-ils ? », c’était d’abord demandé les Américains, à la une de Newsweek, après que les kamikazes d’Al-Qaëda les eurent frappé en plein cœur, abattant les deux plus célèbres tours de New York et tuant, d’un coup, trois mille personnes. Il y a quatre ans, au lendemain de cet attentat, le monde était aux côtés des Américains contre ce déchaînement de fanatisme. L’Amérique avait là l’occasion de fédérer la planète contre le terrorisme, de lui opposer le droit international et les valeurs démocratiques, de faire oublier surtout, en s’inscrivant dans le rejet international de cette sauvagerie, le malaise que pouvait susciter sa toute puissance et les rancoeurs que son soutien aux dictatures arabes avait créées dans le monde musulman. Contre ce bien réel Docteur No, Oussama ben Laden, qui voulait et veut toujours déclencher une guerre de religions planétaire, les Etats-Unis avaient la possibilité d’incarner la tolérance, le droit et la démocratie, de se rallier tous les hommes de bonne volonté comme durant la Deuxième guerre mondiale, mais Georges Bush a fait un autre choix. Il a choisi d’utiliser ce traumatisme et l’élan patriotique qu’il avait fait naître aux Etats-Unis pour s’affranchir, au contraire, du droit international, sommer les nations et l’Onu de se soumettre à lui, et vendre la guerre d’Irak à son opinion publique pour placer l’Amérique aux commandes du monde. Il a, pour cela menti sur la menace qu’aurait représenté Saddam Hussein, trompé son propre secrétaire d’Etat, Colin Powell, ignoré tous les avertissements que tant de capitales dont Paris lui prodiguaient, bafoué le droit et la raison et l’Amérique, aujourd’hui, ne se trouve pas seulement embourbée dans un conflit dont elle ne sait plus comment se sortir. Georges Bush a aussi décuplé l’antiaméricanisme sur les cinq continents, fourni un nouveau point de ralliement, de recrutement et d’entraînement au terrorisme islamiste, crée les conditions d’une guerre civile au cœur du Proche-Orient, donné un nouveau souffle aux mollahs iraniens, assuré la tranquillité de la dictature nord-coréenne, foulé aux pieds tous les principes juridiques à Guantanamo, contribué à l’envol des prix pétroliers, éloigné les deux rives de l’Atlantique - en un mot affaibli les démocraties et dramatiquement accru les dangers et l’instabilité du monde. Rarement un homme aura commis tant d’erreurs, raté tant d’occasions, fait tant de mal et l’impéritie dont il vient de faire preuve à la Nouvelle-Orléans achève de casser l’image des Etats-Unis, de la seule puissance capable de canaliser les soubresauts internationaux. A l’approche des élections parlementaires de novembre 2006, dans quelques mois, Georges Bush procédera à un ample rappel des troupes d’Irak. Le terrorisme qu’il prétendait anéantir en sera conforté et jamais la nécessité d’affirmer une autre puissance démocratique n’aura été aussi grande. Bien au-delà des « oui » et des « non », jamais l’Union Européenne, tellement en panne, n’aura été tellement nécessaire.

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