« Je m’en réjouis, dit Jacques Chirac ». « Il s’agit potentiellement d’une nouvelle d’une extrême importance », renchérit Tony Blair et le ministère israélien des affaires étrangères va, lui, jusqu’à parler de la possibilité d’un « élan très favorable au dialogue israélo-palestinien pouvant remettre sur rails le processus de paix ». La prochaine formation, annoncée, hier, d’un gouvernement palestinien d’union nationale suscite, on le voit, beaucoup d’optimisme car elle repose sur l’acceptation d’Israël par les islamistes du Hamas, majoritaires depuis les élections de janvier. C’est un tournant politique, un profond changement de donne qui s’était amorcé en juin dernier, lorsque les islamistes avaient fini par se rallier au plan élaboré par des personnalités palestiniennes détenues en Israël, le plan dit « des prisonniers » qui proposait déjà de former une entente nationale visant à un règlement négocié du conflit avec Israël sur la base de la coexistence de deux Etats de part et d’autres des frontières de 1967. Ce ralliement aux positions défendues par le Président palestinien Mahmoud Abbas et son parti, le Fatah, avait été dénoncé, de Damas, par la direction du Hamas en exil. L’enlèvement d’un soldat israélien était délibérément venu compromettre cette percée. La guerre du Liban, et pas non plus par hasard, aurait ensuite pu la condamner mais, sitôt le cessez-le-feu conclu, les contacts avaient repris entre Mahmoud Abbas et le gouvernement du Hamas qui a maintenant fait un pas de plus vers l’idée d’un compromis avec Israël. Cette fois-ci, les islamistes se sont en effet ralliés en plus à l’initiative de paix de la Ligue arabe qui avait proposé, en 2002, sur proposition saoudienne, que l’ensemble des pays arabes reconnaissent Israël en échange de la création d’un Etat palestinien s’étendant dans les frontières de 1967. Pour la première fois dans l’Histoire, l’ensemble des mouvements palestiniens, le Hamas comme le Fatah, convergent non seulement sur l’idée d’un compromis avec Israël mais également sur l’acceptation définitive de son ancrage dans la région. Rien n’en est réglé pour autant. Le soldat enlevé à Gaza reste à libérer. Le Hamas, question de rapports de force internes, continue d’insister sur la fidélité à sa charte qui, elle, prône la destruction d’Israël. On n’en est pas à des négociations, mais, si les Israéliens eux-mêmes saluent cette évolution ce n’est pas seulement parce qu’elle prouve que l’épreuve du pouvoir peut modérer le radicalisme islamiste. C’est surtout que tout le monde a maintenant intérêt à une reprise du dialogue israélo-palestinien – Israël qui vient d’essuyer une défaite devant l’Iran ; les Palestiniens qui ont vitalement besoin d’une reprise de l’aide internationale ; les pays arabes qui s’inquiètent des succès de la République islamique et les grandes puissances qui, toutes, veulent priver les Iraniens de l’atout qu’est pour eux la carte libano-palestinienne dans leur défi nucléaire. Tony Blair a raison : « Extrêmement important ».

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