Le RTS, l’équivalent russe du CAC 40, a reculé, hier, de près de trois points. La veille, il avait enregistré une baisse de près de quatre points et demie. Cela fait plus de sept points en deux jours et cela bien que le président russe, Dmitri Medvedev, soit monté au créneau, mercredi et jeudi, pour rassurer les marchés . « Si les bonnes décisions sont prises, la situation va se consolider et le gouvernement en a la capacité », avait-il déclaré avant-hier. « La banque centrale et le gouvernement doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour assurer l’entrée de nouvelles ressources financières sur le marché », disait-il hier, faute de quoi, ajoutait-il, le déséquilibre des flux de capitaux pourrait « créer des problèmes pour la liquidité bancaire, accroître les risques d’inflation ou provoquer une surchauffe exagérée de l’économie ». D’un jour sur l’autre, le ton était devenu plus alarmiste mais rien n’y a fait et, au total, le RTS, a dévissé de 49% depuis son plus haut, en mai dernier, et de 29% depuis le début du conflit géorgien il y a un peu plus d’un mois. Tout concourt, soudain, à affaiblir l’économie russe. L’euphorie provoquée par l’envolée des cours pétroliers, d’abord, a conduit les entreprises à se sur endetter pour accroître leur taille et à affaiblir ainsi un système bancaire qui ne peut rien refuser à des clients qui sont en même temps ses actionnaires et bénéficient de puissants appuis dans les milieux du pouvoir. Le recul inattendu des cours du pétrole a semé, là-dessus, un début de panique dans les milieux d’affaires car toute l’économie de la Russie repose sur ses ressources énergétiques. La crise économique internationale s’est fait, parallèlement, sentir à Moscou comme ailleurs. Les difficultés faites à de grandes entreprises étrangères ont refroidi les investisseurs occidentaux tandis que les pressions politiques exercées sur des entreprises russes ont créé un climat d’insécurité. L’argent s’est inquiété. Il a pris les chemins de l’étranger, jugés plus sûrs. Le rouble a sensiblement reculé et c’est dans ce climat, déjà très lourd, que l’affaire géorgienne a achevé de faire chuter la Bourse de Moscou en faisant craindre un refroidissement durable entre l’Occident et la Russie et, donc, un affaiblissement de leurs échanges. L’économie russe est loin d’être en faillite car, avec les troisièmes réserves mondiales de devises, la Banque centrale ne manque pas de moyens d’intervention. Dmitri Medvedev n’avait pas tort de le souligner mais ce trou d’air vient rappeler que si la Russie a tous les moyens de s’opposer, comme elle vient de le montrer, à un élargissement de l’Otan à l’Ukraine et la Géorgie, elle ne peut pas s’offrir le luxe d’une rupture avec l’Europe et les Etats-Unis. C’est ce qu’avait fait valoir Dmitri Medvedev en plaidant pour le compromis auquel il est parvenu avec l’Union européenne et c’est pour cela – au moins pour cela – qu’il y a des raisons d’espérer qu’un modus vivendi puisse maintenant se chercher entre l’Union et la Fédération de Russie. La Russie est à la fois suffisamment forte et faible pour qu’il soit nécessaire et possible de tenter un dialogue.

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