C’est maintenant un ministre de Benjamin Netanyahu, et non des moindres, qui s’en inquiète. Ministre israélien de la Défense, Ehud Barak a appelé, hier, le gouvernement dont il fait partie à tenir une session spéciale sur les revers internationaux que son pays ne cesse plus d’accumuler.

Il y a deux jours, l’ambassade israélienne au Caire a été mise à sac dans d’étranges conditions. L’assaut est parti de la place Tahrir, du berceau de la révolution égyptienne où aucun slogan anti-israélien ne s’était fait, pourtant, entendre jusqu’à maintenant. Non seulement les forces de l’ordre n’ont rien fait pour empêcher les manifestants de se rendre jusqu’à l’ambassade mais, lorsque les dirigeants israéliens ont tenté de joindre les responsables égyptiens pour leur demander d’assurer la protection de leurs diplomates, ils n’ont trouvé personne pour prendre leurs appels.

Il a fallu qu’Israël demande l’intervention des Etats-Unis pour que des commandos égyptiens empêchent ce qui allait devenir un lynchage et tout laisse penser aujourd’hui que des éléments de l’appareil sécuritaire égyptien ont tenté d’utiliser une crise internationale pour reprendre la main. Bien que Jérusalem et le Caire affirment que cette affaire ne changera rien à leurs relations, une défiance s’est instaurée entre Israël et le premier pays arabe à l’avoir reconnu. C’est grave, très inquiétant pour la stabilité régionale, mais ce n’est pas tout.

Il y a dix jours, c’était la Turquie, seul pays musulman à avoir reconnu Israël dès le début des années 50, qui décidait d’abaisser le niveau des représentations diplomatiques entre les deux Etats. Parce que Benjamin Netanyahu refuse de présenter des excuses pour l’abordage meurtrier du ferry turc qui avait tenté de briser le blocus de Gaza au printemps 2010, la Turquie a pratiquement gelé ses relations avec Israël et ce n’est encore pas tout.

Dans huit jours, quinze ou vingt au plus, l’Autorité palestinienne aura demandé à l’Onu de reconnaître un Etat palestinien et, bien que les Etats-Unis aient annoncé qu’ils opposeraient leur veto à ce projet de résolution, une écrasante majorité des Nations-Unies la soutiendra. Non seulement Israël sera isolé comme jamais mais ce bras-de-fer new-yorkais pourrait bien susciter d’importantes manifestations palestiniennes, inspirées des mouvements pacifiques qui avaient conduit à la chute des présidents égyptien et tunisien.

Israël risque de n’avoir pour seul choix que de laisser s’amplifier ces rassemblements en ne les réprimant pas ou d’encourir l’opprobre international en les réprimant. Dans un cas comme dans l’autre, les manifestations de soutien aux Palestiniens ont toute chance d’être importantes dans les pays arabes, aussi bien dans ceux qui se sont débarrassés de leurs dictateurs que dans ceux, comme la Syrie, dont les régimes tenteront d’utiliser cette situation pour détourner contre Israël la colère populaire qui les menace.

Ebranlé de l’intérieur par un mouvement de contestation sociale sans précédent, Israël voit sa position internationale se dégrader de jour en jour.

Pour ce pays, tous les indicateurs sont au rouge mais, inconscient ou autiste, son Premier ministre ne voit aucune nécessité de réviser sa politique.

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