C’est loin, très très loin, d’être une certitude mais c’est, pourtant, une possibilité. Malgré les dernières déclarations de son président, il est possible que la Russie comprenne qu’elle aurait une formidable carte à jouer dans la crise syrienne, qu’elle pourrait non seulement contraindre le régime de Damas à vraiment renoncer à ses armes chimiques mais l’amener aussi à un compromis avec l’insurrection et revenir ainsi en force sur la scène internationale comme l’artisan d’une solution à cette crise qui menace toujours plus de devenir régionale et, donc, internationale. C’est un espoir qui est visiblement caressé par la Maison-Blanche dont le porte-parole déclarait hier que la Russie jouait là son « prestige » et qu’après avoir « bloqué, aux Nations-Unis, les tentatives de faire rendre des comptes à Assad, elle joue, ou semble montrer qu’elle veut jouer un rôle constructif ». C’est un espoir qui est si profond que les discussions qu’entameront aujourd’hui, à Genève, les chefs des diplomaties américaine et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, sont programmées pour durer plusieurs jours, pour explorer, autrement dit, toutes les facettes du dossier syrien et non pas seulement la question du chimique. Oui, cette possibilité est là mais peut-elle s’avérer ? Cela reste à voir mais la certitude est que ce serait à la fois l’intérêt de la Russie et celui de Vladimir Poutine. Plus étendu des pays du monde et très riche en matières premières, la Fédération de Russie s’est mise aujourd’hui comme entre parenthèses. Après avoir cherché à s’arrimer à l’Europe occidentale sous Mikhaïl Gorbatchev puis aux Etats-Unis sous Boris Eltsine, elle hésite sous Vladimir Poutine entre deux tentations récurrentes dans son histoire qui sont soit de s’inscrire en Asie, soit de se replier sur elle-même en affirmant une voie propre, ni occidentale ni asiatique mais russe, à la fois faite d’autoritarisme, d’orthodoxie et de refus des mondes extérieurs à l’abri de ses frontières. Elle en est là parce que l’Europe n’avait pas su saisir la main que Gorbatchev lui tendait et que les Etats-Unis l’avaient tenue pour acquise et profondément humiliée lorsqu’elle avait adopté leur modèle mais pas plus la voie asiatique que la voie propre ne peuvent aujourd’hui lui apporter quoi que ce soit. Inscrite en Asie, la Russie se ferait vite manger par la Chine dont les commerçants et la main d’œuvre sont déjà en train de lui grignoter la Sibérie. Repliée sur elle-même, elle ne ferait que s’enfoncer dans ses retards et s’abîmer dans le despotisme qui la guette. Pour se moderniser et faire valoir et fructifier ses énormes potentiels, la Russie doit au contraire s’inscrire dans le monde et s’appuyer sur l’Occident pour faire face à la Chine.Le meilleur moyen de le faire serait, pour elle, de s’entendre avec les Etats-Unis pour devenir la puissance, applaudie par tous, qui aurait permis de solutionner la crise syrienne et Vladimir Poutine y trouverait aussi un intérêt personnel. Cela lui permettrait de retrouver l’oreille des nouvelles classes moyennes urbaines qui basculent aujourd’hui dans l’opposition et de regagner par là une popularité qui recule, maintenant, jusque dans les campagnes. C’est pour cela que la Syrie devient un moment international mais rien n’est encore joué.

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