Tout est aujourd’hui accablant sur la scène internationale. Rien n’y incite à l’optimisme. De l'Ukraine à l'Irak en passant par la dépression française, tout y suscite, au contraire l’inquiétude mais est-ce, pour autant, l’apocalypse avançant à si grands pas qu’il faudrait aller se réfugier en Nouvelle-Zélande, voire sur une autre planète, si nous le pouvions ? Non. Plutôt que de décréter que tout est perdu, fichu, irrémédiablement catastrophique, peut-être faudrait-il se souvenir, d’abord, qu’avant de connaître, à la fois, l’équilibre de la Guerre froide, le boom économique de la reconstruction et le progrès social des Trente Glorieuses - toutes choses dont les Occidentaux avaient, au demeurant, été les seuls à profiter - le monde avait connu deux guerres mondiales qui furent des boucheries encore inégalées, que le siècle précédant n’avait été qu’une permanente et sanglante bataille entre l’ordre ancien et la démocratie naissante et que, dans l’histoire, il n’y eut jamais de paradis terrestre que nous aurions perdu. En Europe, en Europe occidentale, et aux Etats-Unis, nous avons connu une parenthèse tellement enchantée, non pas du tout riche d’ailleurs mais de progrès permanent, que l’incertitude de l’avenir nous est devenue insupportable et nous aveugle, jusqu’à l’obscénité. Rien ne va bien, non, c’est vrai, mais l’Europe demeure l’endroit du monde où il fait le mieux vivre et de loin ; la France sur laquelle les François se lamentent jusqu’à en désespérer est la cinquième puissance économique mondiale ; l’économie américaine se redresse ; la croissance n’a jamais été aussi forte en Afrique ; des centaines de millions de Chinois sont sortis de la misère absolue et l’Amérique latine n’est plus le continent des dictatures militaires les plus abjectes mais d’une démocratie enracinée et d’une prospérité croissante.Non, tout ne va pas si mal, pas du tout, mais nous ne savons pas le voir, pas en Europe en tout cas, car les deux sont vrais, car deux réalités se mêlent, celles d’un progrès général et d’un chaos montant, car nous vivons une période de transition dans laquelle les Occidentaux ne dominent plus le monde mais où personne d’autre n’est à même de reprendre les commandes, où de nouvelles puissances s’affirment, où le monde arabe sort d’une léthargie séculaire et se cherche entre révolutions démocratiques, retour des dictatures et constante récurrence d’un fanatisme religieux derrière lequel se cache mal une impatience de revanche historique, où l’affirmation des femmes et la révolution des mœurs provoquent de violentes crispations sur tous les continents - où le changement, en un mot, est si rapide qu’il donne le vertige et passera, comme toujours, par des décennies de guerre.Ce n’est pas pire que les siècles d’antan. Ce n’est qu’une révolution mondiale, une addition de révolutions différentes mais simultanées qui nous commande, à nous Européens, de tenir bon sur nos valeurs et nos intérêts et, plus que jamais, d’unir nos forces car, dans la tempête, mieux vaut ramer ensemble que de nous écharper sur un taux de déficit.

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