Si l’accord tient, la donne change, et pas seulement en Syrie.

Si le régime Assad et l’insurrection syrienne respectent le cessez-le-feu d’une semaine que Washington et Moscou les ont appelées, vendredi, à observer à compter d’aujourd’hui, les organisations djihadistes, Daesh et le Front al-Nosra, se retrouveront sous le feu conjoint des aviations américaines et russes, l’Onu pourra enfin dispenser une aide aux populations civiles et, pour l’instant au point mort, les négociations de paix pourront reprendre.

C’est la perspective ouverte par l’accord auquel les Etats-Unis et la Russie sont parvenus après d’interminables pourparlers et, si les espoirs d’apaisement ont trop souvent été déçus en Syrie pour qu’on puisse croire, d’emblée, que cette fois-ci serait la bonne, le fait est qu’Américains et Russes n’ont pas fait là qu’engager leur crédibilité.

Ils ont aussi conclu cinq accords qu’ils sont convenus de garder secrets jusqu’à nouvel ordre et ont d’ores et déjà détaillé les modalités de la coopération militaire qu’ils mettront en place si ce cessez-le-feu est respectée. Un « centre conjoint », ont-ils annoncé, entrerait alors en fonction et, dans cette salle d’opérations communes, les états-majors et les services secrets des deux pays décideraient conjointement des cibles de leurs frappes afin que seuls les djihadistes soient frappés et non pas le reste de l’insurrection contre le régime de Damas.

Tout le problème est que ni Bachar al-Assad ni les djihadistes n’auraient intérêt à ce que cette coopération russo-amércaine voie le jour. Si c’était le cas, le plan de règlement adopté à Vienne à la fin de l’année dernière serait relancé et le président syrien devrait bientôt céder l’essentiel de ses pouvoirs à un gouvernement de transition avant que des élections ne soient organisées sous contrôle international.

Ce serait le début de la fin pour Bachar al-Assad et son clan qui n’ont aucune envie de faciliter leur mise à l’écart. Ils feront donc tout pour que les armes ne se taisent pas cette semaine et le Front al-Nosra leur prêtera bien évidemment la main puisqu’il n’a pas la moindre envie, de son côté, de se retrouver conjointement frappé par les Russes et les Américains.

Tout cela est plus que fragile mais…

Mais Vladimir Poutine a tous les moyens de faire plier le régime Assad tandis que les Américains peuvent faire valoir aux insurgés qu’ils sont trop affaiblis pour ne pas saisir cette possibilité de règlement en isolant al-Nosra.

On verra mais, au-delà de toutes ses difficultés, cet accord offre à la Russie l’occasion de se réimposer en puissance égale aux Etats-Unis qui, eux, ne veulent pas devoir s’engager plus en Syrie. Si cet accord a été signé, c’est qu’il est d’égale importance pour Washington et Moscou qui, logiquement, dans la mesure de leurs moyens, devraient donc tout faire pour qu’il n’échoue pas.

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