Où l'on voit que les causes de l'indépendantisme catalan sont loin de lui être propres

Catalane, la police municipale de Barcelone ne donne pas les mêmes chiffes que la préfecture qui, elle, représente l’Etat espagnol. Pour la première, il y avait un million de manifestants. Pour la seconde, ils n’étaient que 350 0000 mais l’une et l’autre sont bien d’accord sur le fait que beaucoup de gens ont manifesté, hier, à Barcelone, en faveur de l’indépendance de la Catalogne.

« Adieu l’Espagne ! » scandaient-ils et leur cortège formait un immense « X », la croix qu’ils appellent à tracer le 1ier octobre en guise de « oui » au référendum d’autodétermination qu’organisent les autorités indépendantistes. Ce référendum, on ne sait pas s’il aura vraiment lieu car le gouvernement espagnol s’oppose à son organisation et a bien des moyens de le faire.

Quand bien même se tiendrait-il, il n’est nullement prouvé que les Catalans choisissent le divorce puisqu’ils y sont, à en croire les sondages, majoritairement opposés, 49% de « non » contre 41% de « oui », mais l’indépendantisme est, quoi qu’il en soit, puissant en Catalogne.

La première raison en est que la Catalogne fut un Etat indépendant avant de devenir espagnole, qu’elle n’est pas espagnole mais catalane, restée catalane, et qu’elle a toujours été plus moderne, industrielle, riche et européenne que le reste de l’Espagne qui lui doit 20% de son PIB alors que les 7,5 millions de Catalans ne représentent que 17% de la population du royaume.

Grande comme la Belgique, la Catalogne se sent parfaitement capable de voler de ses propres ailes et la deuxième raison de la force de ses indépendantistes est qu’il y a l’Union européenne. L’Union n’encourage bien sûr pas les séparatismes mais la force qui est déjà la sienne et la prééminence que ses institutions, ses règles et ses politiques communes tendent à prendre sur les Etats qui la composent offrent un cadre à la renaissance de nations oubliées.

C’est vrai en Catalogne comme ça l’est en Ecosse, dans les Flandres belges, en Corse dans une bien moindre mesure mais également dans le nord de l’Italie qui s’invente une identité nationale pour habiller un simple désir de ne plus partager ses richesses avec d’autre régions de l’Italie moins bien loties.

De l’égoïsme régional à la réaffirmation d’une culture propre, les aspirations indépendantistes se nourrissent en Europe de multiples causes qui s’additionnent ou non et auxquelles il faut maintenant ajouter le désir de rester dans l’Union ou de rompre avec elle. On ne sait pas si le Royaume-Uni se défera mais la certitude est que le Brexit fragilise considérablement son unité dans la mesure où l’Ecosse, comme Londres d’ailleurs, n’en voulait pas et n’en veut toujours pas.

Bien au-delà du référendum catalan et de la manifestation d’hier, le problème est que les Etats européens s’affaiblissent aujourd’hui plus vite que l’Union ne se renforce et que cela pourrait finir par créer, un jour, une sorte de vide.

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