Le traité signé par les cinq pays riverains de la plus grande "mer" intérieure du monde est historique : il se négociait depuis 20 ans. Quels sont ses enjeux et répond-il à la question de savoir si la Caspienne est une petite mer ou un grand lac ?

Les 5 pays riverains de la mer Caspienne viennent donc de signer un accord historique. Il achoppait, entre autre, sur cette question simple : la Caspienne est-elle une mer ou un lac ? Si la Caspienne est une mer, certaines règles de calcul de frontières maritimes s'appliquent, si c'est un lac, ce sont d'autres calculs.

Les 5 pays riverains – Russie, Iran, Azerbaïdjan, Turkménistan, Kazakhstan - ont répondu : ni l'un, ni l'autre ! Les règles des frontières maritimes s'appliqueront comme s'il s'agissait d'une mer mais, comme un lac, des troupes étrangères tierces ne pourront y croiser.

Les Etats-Unis exclu militairement

C'était le plus important pour la Russie et l'Iran : exclure les Etats-Unis d'une partie du globe que les deux pays estiment stratégique pour eux. C'est la 1ère fois que cela arrive et ça devrait être un vrai signal d'alerte pour Washington.

En échange, les autres pays riverains ont obtenu, le beurre et l'argent du beurre : le contrôle légal et définitif sur ce qui fait la richesse de l'Azerbaïdjan et du Kazakhstan, à savoir les champs pétroliers et gaziers, et le droit de poser des pipelines partout.

Ça c'est une victoire pour les Turkmènes qui rêvent d'un gazoduc à 5 milliards de $ ralliant l'Azerbaïdjan, puis l'Europe. Une perspective qui n'enchante pas les Russes qui y voient une concurrence à son propre gaz. Les Turkmènes ont obtenu gain de cause !

L'Iran avait besoin d'une signature

L'Iran a été le plus réticent à signer, c'est l'Iran. Pour des raisons historiques : avant 1820, la Caspienne était quasiment un lac intérieur iranien. Une guerre perdue avec la Russie l'en a privé. C'est une meurtrissure qui ne s'est pas atténuée avec le temps.

Mais que voulez-vous : l'Iran possède déjà des réserves pétrolières et gazières parmi les 1ères au monde. Téhéran à plus besoin de cautériser le mal fait par les sanctions américaines que de soigner en 2018 des blessures vieilles de 2 siècles.

C'est exactement ce que lui offre cet accord : la possibilité de dire au monde « les Etats-Unis créent des problèmes, nous nous les résolvons ». De plus, cet accord lui permet de se rapprocher un peu plus de la Russie, avec laquelle elle a des intérêts en Syrie.

Et la Chine ?

Pourtant, c'est elle que la Russie avait, entre autre, en tête en voulant à tout prix signer cet accord. La Chine a toujours eu l'intention d'attirer les pays d'Asie centrale dans sa zone d'influence. Ce qui signifie reléguer la Russie en 2e division.

Cet accord sur la mer Caspienne est bien la démonstration du contraire : la Russie est dans la place. Sauf que les Chinois ont le temps pour eux, une économie déjà dix fois plus large que l'économie russe et des milliards à investir. Le jeu ne fait que débuter.

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