En Argentine, les élections présidentielles approchent et le péronisme semble faire reparler de lui. Retour sur un dirigisme d'Etat aux forts accents sociaux, caractérisé par un protectionnisme économique, un fort contrôle des échanges et l'administration de tous les prix quotidiens.

Le candidat péroniste Alberto Fernandez, du parti "Frente de Todos" lors des primaires pour les élections présidentielles, Buenos Aires
Le candidat péroniste Alberto Fernandez, du parti "Frente de Todos" lors des primaires pour les élections présidentielles, Buenos Aires © Getty / Ricardo Ceppi / Contributeur

Pour un commentateur, c'est merveilleux l'Argentine : vous laissez le pays pendant 20 ans, vous revenez, rien n'a changé : l'économie est au bord du chaos, le peso s'effondre face au dollar et... les péronistes remportent les élections. Que du bonheur géopolitique !

Il faut savoir que le « péronisme » argentin, c'est un peu comme le gaullisme en France : tout le monde s'en réclame, personne ne sait plus très bien pourquoi. En fait, le péronisme, c'est un dirigisme d'Etat aux accents sociaux très marqués.

D'un côté on protège l'économie de la concurrence mondiale en imposant un contrôle des changes et des taxes prohibitives à l'importation ; de l'autre on administre tous les prix du quotidien : électricité, transport, eau.

L'Argentine devient une sorte « d'exerchat », une bulle que seules les exportations massives de produits agricoles et de viande relient avec le monde extérieur. C'est ce modèle que l'actuel président Macri, qui n'est pas péroniste, avait tenté de changer... sans y parvenir.

Comme toujours en Argentine, à des péronistes caricaturaux correspondent des ultra-libéraux tout aussi caricaturaux : Mauricio Macri a été élu en 2015 parce que, je vous le donne en mille, le pays s'enfonçait dans la crise.

Il promettait d'ouvrir le pays sur le monde, d'en finir avec le contrôle des changes, de faire revenir les investisseurs étrangers et d'insérer l'Argentine dans la mondialisation. Résultat : il a libéralisé les prix – contraints pendant des années – ont explosé.

Le peso s'est effondré et l'inflation – le mal récurrent de l'économie argentine – s'est envolée. Elle tourne en ce moment autour de 35 à 50% par an ! En plus, les investisseurs ne sont pas revenus et le FMI a dû prêter 57 milliards de dollars à Buenos Aires.

Inutile de préciser que, dès que les Argentins ont eu l'occasion de voter, c'était dimanche dernier, ils ont défait le président Macri et ont triomphalement placé sur la route de la présidentielle, c'est pour octobre prochain, les péronistes.

Les péronistes, comme les chats

Ils semblaient pourtant divisés mais ça c'était avant les choses sérieuses, c'est-à-dire avant ces élections qui s'appellent des « primaires » mais qui sont en fait une sorte de répétition générale avant les élections présidentielles, législatives et provinciales d'octobre prochain.

Je vous l'ai dit : il suffit de reprendre son livre d'histoire ! Juan Domingo Perón, dans les années 50 du siècle dernier, disait : « les péronistes sont comme les chats : lorsqu'ils crient on croit qu'ils se battent alors qu'en fait, ils se reproduisent ».

Pendant les années Macri, on a donc cru que l'aile gauchiste fidèle à l'ancienne présidente Cristina Kirshner se battait avec l'aile plus modérée qui rassemblait les barons de province et des anciens ministres rancuniers.

Ces deux courants du péronisme se sont retrouvés quelques semaines avant l'élection : Cristina Kirshner a accepté de s'effacer au profit l'Alberto Fernandez – un modéré – et l'attelage des deux a obtenu 15 points de plus que le président Macri dimanche dernier.

Et que croyez-vous qu'il s'est passé ? Immédiatement, les marchés financiers argentins se sont effondrés – la bourse a perdu lundi prés de 37% - et le devise argentine est passée de 45 pesos pour un dollar à près de 60 ! Avec évidemment, une inflation hors contrôle. Comme il y a vingt ans, comme il y a cinq ans, comme depuis toujours : l'Argentine éternelle !

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